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Chapitre 1

L’ÈRE DES MICMACS

Description géographique

     Néguac est situé dans le nord-est du Nouveau-Brunswick, dans le comté de Miramichi et plus précisément dans la paroisse civile d'Alnwick. Cette paroisse est partie prenante de la Péninsule acadienne lorsque cette dernière est définie géographiquement, (1) mais elle est rattachée administrativement aux petits centres urbains anglophones de Chatham et Newcastle. Le village acadien de Néguac constitue ainsi une sorte de frontière de cette Acadie du Nord, ayant des liens culturels, économiques et historiques avec les communautés acadiennes de la Péninsule en plus d'être lié à la région anglophone de la baie de Miramichi. Cette double appartenance dictée par l'Histoire façonne, jusqu'à ce jour, la réalité de Néguac.

    Le village est installé dans une plaine côtière et son littoral offre plusieurs marais qui attirèrent les familles acadiennes au 18e siècle. Ces "défricheurs d'eau", fuyant l'Acadie du Grand Dérangement, étaient à la recherche de marais salants afin de reproduire le même mode de vie que sur les vieilles terres et la région de Néguac comptaient plusieurs marais en plus d'un havre propice aux pêcheries. (2) Le havre, appelé lagune ou baie de Néguac, est coupé du golfe Saint-Laurent par un long banc de sable.

    Petite île à la végétation plutôt austère devant affrontée les rigueurs du climat maritime, l'île aux Foins est baignée par la lagune de Néguac et fait face au village. Le plus important cours d'eau de Néguac est la rivière des Caches qui se jette dans la lagune. La rivière de Burnt Church et la réserve amérindienne micmaque du même nom influenceront aussi grandement l'histoire du village. Il en sera question plus loin dans cet ouvrage.


La municipalité de Néguac et ses environs
 


    Le nord-est du Nouveau-Brunswick n'a jamais connu une activité agricole importante, en raison, principalement, de la piètre qualité de ses sols et à de rudes conditions climatiques. La population s'est surtout tournée vers l'exploitation des ressources maritimes et forestières. (3) Néguac n'échappe pas à la contrainte de ce scénario de développement économique et, tout au long de son histoire, va tenter de mettre à profit son environnement naturel. Ainsi, à cheval entre deux régions culturellement et linguistiquement différentes, le village de Néguac présente son visage à la mer mais ne tourne pas le dos à l'économie forestière.

L'origine du toponyme

    La toponymie du nord-est du Nouveau-Brunswick est redevable à la tradition amérindienne micmaque qui lui a légué plusieurs noms de lieux tels Miscou, Caraquet, Lamèque, Shippagan, Tracadie et, bien sûr, le toponyme Néguac. Ce dernier est un dérivé de la langue micmaque mais les chercheurs ne s'entendent pas sur son sens étymologique. Au début de ce siècle, Silas T. Rand, linguiste néo-écossais spécialiste du micmac, proposait deux origines: "Annikeooek ", signifiant "mal situé" et "Negwek" qui peut se traduire par "qui surgit du sol". (4) La première définition de Rand se rattache sans doute à l'île aux Foins au large de Néguac. (5)

    Un autre grand chercheur érudit des Maritimes, William Francis Ganong, nota que l'expression "Annikeooek" voulait dire " Annie erre seule ", faisant référence à une vieille tradition locale qui raconte l'histoire d'une Micmaque prénommée Annie qui se serait égarée dans une île près du village. (6) Plus récemment, des recherches sur la toponymie amérindienne du Canada optent en faveur d'une autre interprétation, celle de "Annigeoeg", qui signifie "stérile" faisant sans doute allusion à une femme ou une terre inféconde. (7)

    Il semble bien que c'est à partir de l'expression "Annigeoeg" que le toponyme Néguac vit le jour. Son orthographe allait toutefois évoluer avec les siècles. Le premier document faisant état de l'ancêtre du mot Néguac serait les "Annales Missionnis ab anno 1766", texte rédigé en latin par un missionnaire jésuite français, Jean-Baptiste de La Brosse. Arrivé en Nouvelle-France en 1754, La Brosse desservait les missions catholiques de la baie des Chaleurs et en 1772, il se rendit à Néguac à la demande des familles acadiennes qui s'y trouvaient pour y exercer son ministère. Dans sa relation de voyage, ce jésuite mentionne le nom de lieu "Nigauekianis". (8)

    Les Micmacs et les Acadiens avaient des rapports étroits depuis le 17e siècle dans la région de la baie de Miramichi, surtout à l'époque de la Déportation qui vit plusieurs familles acadiennes se réfugier en forêt afin d'échapper aux raids des soldats britanniques. Vers la fin des années 1750, lorsque certaines de ces familles s'établirent à Néguac, elles adoptèrent sans doute l'expression micmaque pour désigner le nom de leur nouvel établissement, tout en la modifiant. Quelques années après le passage du jésuite de La Brosse, un pionnier acadien du village, Otho Robichaud achetait, en 1781, la propriété du marchand Pierre Loubert. L'acte de vente rédigé par Loubert fait état de "Nigawouèke". (9)

    Il faut attendre plus d'un siècle pour que la graphie actuelle de Néguac soit communément acceptée. En guise d'exemples, voici un éventail des différentes graphies du toponyme qui furent utilisées aux 18e et 19e siècles. Au tournant du 19e siècle, plusieurs missionnaires catholiques écrivaient "Nigaweck" dans leur correspondance, (10) alors que dans le journal de visite de l'évêque Plessis de Québec on retrouve "Nigawouek" que celui-ci visita en 1812. (11) Du côté anglophone, les documents mentionnent "Negayak" en 1785, "Neguaak" en 1847, "Negowak " en 1851. (12) Dans le recensement provincial de 1861, l'énumérateur de la paroisse civile d'Alnwick (dans laquelle Néguac est situé), Duncan Morrison, écrivait "Neguwack". (13)
 
    Le 20e siècle vit l'apparition de la graphie généralisée de Néguac, reflétant l'influence de langue française sur l'orthographe de ce nom de lieu. Toutefois, plusieurs personnes du village ont conservé une prononciation qui se rapproche sans doute plus de la tradition micmaque, soit celle de "Ni-ga-wouèke". La société culturelle de Néguac, créée en 1990, s'est même choisi comme nom celui de Nigawouek, rappelant ainsi l'origine amérindienne de leur toponyme.

Les Paléoindiens
 
    L'est du Canada est habité par une population humaine depuis plus de 10 000 ans. Avant l’arrivée des Micmacs, cette région, dans la période paléoindienne de sa préhistoire, était fréquentée par une population appelée Paléo-Indiens par les chercheurs.
(14) La région de Néguac fut sans aucun doute occupée, sinon visitée, par ces hommes et ces femmes de la préhistoire puisque des fouilles archéologiques récentes ont mis à jour de nombreux sites de campements préhistoriques. Quelques-uns de ces sites furent découverts sur les rives des rivières Tracadie, Pokemouche et Tabusintac, ainsi que sur les berges de la lagune de Burnt Church. (15)

    La rivière Miramichi et ses tributaires présentaient un réseau fluvial fort apprécié par cette population paléoindienne qui vivait surtout de pêche et de chasse au phoque et autres mammifères marins. (16) Les fouilles effectuées dans la région de Miramichi démontrent qu’au moins 90 % de leur régime alimentaire reposait sur l’exploitation des ressources marines. (17)

    Ces Paléoindiens ont été surnommes les "Red Paint" à cause de nombreux artefacts portant la trace d'ocre rouge trouvés dans les sites de leurs anciens campements. La présence de cette argile, manifeste surtout dans les tombes, laisse supposée que les Paléolndiens pratiquaient des rites funéraires assez élaborés. (18)

    Le village amérindien de Burnt Church, voisin de Néguac, avait la réputation au début du siècle, d'être le plus ancien au Nouveau-Brunswick. (19) Cependant, des fouilles archéologiques dirigées par David Burley et Patricia Allen aux sites Oxbow et Augustine Mound (tous deux sites historiques nationaux) dans le nord-ouest de la Miramichi attribuent maintenant ce titre au village micmac de Red Bank, réserve amérindienne située à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de la ville de Newcastle. Ces recherches témoignent d'une occupation continue du territoire depuis plus de 3 000 ans. L'Augustine Mound, élévation ayant un diamètre d'environ onze mètres, demeure toujours un mystère puisque ce genre de tombes ne se retrouve nulle part ailleurs aux Maritimes et s'apparente à la culture Adena de la vallée de l'Ohio. Le conseil de bande de Red Bank veut faire de ces sites un lieu d'interprétation de la culture et de l'histoire des Micmacs. (20)

    Le territoire actuel du village de Néguac fut probablement exploité par des familles paléoindiennes en fonction de ses richesses naturelles. Les Micmacs en feront autant.

Les Micmacs

    Les ancêtres des Micmacs se sont établis aux Maritimes dans le millénaire précédant le début de l'ère chrétienne. (21) Certains chercheurs pensent qu'ils migrèrent des Plaines canadiennes vers l'Est car les Amérindiens micmacs partageaient de nombreuses coutumes et croyances avec des tribus de l'ouest du Canada. (22) Les Micmacs occupaient la côte est du Nouveau-Brunswick ainsi que la Nouvelle-Écosse, l'Île du Prince-Édouard et la Gaspésie. Ils appartenaient à la grande famille algonquienne qui comptait également les Malécites, les Passamaquodys, les Abénaquis, etc. (23) Leur groupe linguistique est dit " Sigentigteog ". (24)

    Au 15e siècle, c'est-à-dire avant la conquête européenne de l'Amérique du Nord-Est, la population micmaque pouvait compter de 12 000 à 50 000 personnes. (25) L'écart entre ces deux chiffres s'explique par l'absence de documents permettant aux spécialistes d'évaluer de manière assez précise la population amérindienne de la période pré-contact. La venue des Blancs allait être plutôt désastreuse pour ces Amérindiens car elle fut responsable d'un grand cataclysme démographique pour les nombreuses tribus du Nord-Est du continent. Les maladies, les épidémies (26) et les guerres contribuèrent largement à l'importante diminution du nombre de Micmacs aux 17e et 18e siècles. (27)

    L'emplacement du village de Néguac était bien connu des Micmacs puisque c'était un lieu de passage depuis plus d'un millénaire. Avant leurs premiers contacts avec les Européens, les Micmacs de la baie de Miramichi vivaient surtout des produits de la pêche et de la chasse aux mammifères marins, une exploitation du territoire comparable à celle des Paléoindiens, leurs prédécesseurs. (28) La chasse aux animaux à fourrure deviendra prédominante comme activité à partir de la fin du 16e siècle alors que la demande européenne pour ce produit de luxe se fera toujours grandissante. La transition d'une économie axée surtout sur l'exploitation des ressources de la mer vers une économie de la fourrure va transformer à jamais la réalité amérindienne. (29) Il en sera question plus loin dans ce chapitre.

    Nomades, les Micmacs ne pratiquaient pas l'agriculture, contrairement à leurs cousins algonquiens de la NouvelleAngleterre et aux Iroquoiens de la vallée laurentienne, tels les Hurons-Wendats et les Iroquois. Lorsqu’ils pratiquaient la pêche, les Micmacs vivaient dans des villages côtiers de 200 à 300 personnes. (30) L'un de leurs sites préférés semble avoir été les rives de la rivière Burnt Church qu'ils appelaient "Esginoo o putich" ou "poste de guet". (31) La région de Burnt Church leur offrait quantité d'anguilles et d'huîtres que les Micmacs appréciaient particulièrement. (32)

    Pêcheurs avant tout, les Micmacs chassaient également le gros gibier comme l'orignal. Il y a toujours un doute dans la communauté scientifique à savoir pendant quelle saison durant la période pré-contact, les Micmacs occupaient-ils les côtes et quand partaient-ils chasser en forêt. Chose certaine, le commerce des fourrures avec les Blancs leur dicta une présence côtière durant la saison estivale car c'est pendant ce temps de l'année que les navires dEurope fréquentaient les eaux de l'Amérique du Nord-Est. (33)

    En plus des produits de la pêche, de la chasse et de la cueillette de baies et fruits sauvages, les Amérindiens de la baie de Miramichi se procuraient certains produits agricoles, tel le blé d’Inde, par un réseau de commerce inter-tribal avec les tribus algonquiennes de la Nouvelle-Angleterre. Ces échanges commerciaux existaient bien avant l'arrivée des Blancs et constituaient l'un des éléments essentiels de l'économie autochtone. (34) C'est dire que les axes de communication terrestre et maritime étaient bien connus. La région de Néguac faisait partie de ce réseau de communication. Le réseau fluvial de la côte nord-est du Nouveau-Brunswick permettait aux Micmacs de se déplacer assez rapidement dans leurs canots d'écorce qu'ils transportaient d'une rivière à l'autre par la technique du portage. Cette connaissance de leur environnement rendait ainsi possible une meilleure utilisation des ressources naturelles de leur territoire. Toute une série de portages sillonnaient la région, entre la rivière Tracadie et la rivière Tabusintac, soit à l'intérieur des terres soit en longeant la côte alors qu'un autre portage liait Cain's Point sur la rivière Tabusintac à la rivière Burnt Church. (35) Cain's Point était un autre lieu fréquenté par les Micmacs de la région puisque des fouilles archéologiques entreprises au début des années 1970 indiquent la présence d'un important site. (36)


Dessin d'un chaudron de cuivre trouvé à l'embouchure de la rivière Tabusintac



    D'autres fouilles mirent à jour des tombes micmaques à Tabusintac et à Red Bank où des chaudrons ou marmites de cuivre étaient nombreux.
(37) Cet objet était un produit fort recherché par les Micmacs lorsque ceux-ci échangeaient leurs fourrures avec les Européens. La grande importance qu'il pris dans le quotidien de ces Amérindiens est concrétisé par sa présence dans les rites funéraires.

    La fin du 15e siècle fut témoin du débarquement des Espagnols en Amérique latine. La conquête européenne qui suivit allait s'étendre à l'ensemble du Nouveau Monde. Selon l'historien huron-wendat Georges Sioui, l'idéologie "circulaire" des Amérindiens englobant toute la création dans un grand cercle sacré de la vie, entra en conflit avec l'idéologie "linéaire" des Blancs où le monde est perçu comme une réalité en évolution. (38) Ce choc des cultures allait réellement prendre forme au 16e siècle avec l'arrivée des Européens aux Maritimes.

L'arrivée des Européens dans la baie de Miramichi

    On ne peut dire exactement quand les Micmacs aperçurent leurs "premiers" Européens. Il ne fait plus de doute maintenant que les Vikings ont débarqué en Amérique du Nord-est vers l'an 1000. Leur tentative de colonisation à Terre-Neuve, à l'Anse-aux-Meadows fut mis à jour par des archéologues dans les années 1970. (39) Que ces Scandinaves se soient installés ailleurs et en particulier dans le nord-est du Nouveau-Brunswick demeure un fait à démontrer avec documents à l'appui. Cette absence de corpus documentaire n'empêche cependant pas la formulation de nombreuses hypothèses, telles la présence de couvents de moines islandais dans la région à l'époque médiévale (40) ou encore la construction de quelques châteaux par des chevaliers qui voulaient y protéger le Saint-Graal au 13e siècle. (41)

    Si on laisse de côté le roi Arthur et ses chevaliers de la Table ronde, les Micmacs de la baie de Miramichi ont probablement établi leurs premiers contacts avec des pêcheurs d’Europe occidentale au 16e siècle. Pêcheurs anglais, basques, bretons, portuguais et autres fréquentaient de plus en plus les eaux poissonneuses situées au large des côtes des provinces de l'Atlantique. (42) L'un des premiers navires à pénétrer dans la baie de Miramichi fut sans doute celui de l'explorateur portuguais Joâo Allares Fugundes en 1520-1521. (43)

    Le premier document européen qui fait mention de la région de la baie de Miramichi est la Relation du voyage de Jacques Cartier de 1534. Cette année-là, le 2 juillet, Cartier et ses hommes entrent dans une baie qu'ils baptisèrent baie de Saint-Lunaire, en l'honneur d'un évêque breton du 11e siècle dont la fête tombait le ler juillet dans le calendrier liturgique. (44) Les navires de l'expédition de Cartier naviguèrent au large de l'emplacement actuel de Néguac et quelques jours plus tard ces Français feront la "découverte" de la baie des Chaleurs, par une maintenant célèbre chaude journée de juillet. Les Micmacs que Cartier y rencontra avaient déjà vus des Européens puisqu'ils allèrent à la rencontre des explorateurs avec des canots chargés de fourrures pour le troc. Ainsi, déjà dans cette première moitié du 16e siècle, des échanges commerciaux introduisirent de nouveaux objets d'origine européenne dans le quotidien des Micmacs.

    Après le voyage de Cartier de 1534, bien d'autres explorateurs et pêcheurs visitèrent la région mais les cartes ne font pas état du nom " Miramichi " pour désigner la baie.

    C'est le cartographe français Samuel de Champlain qui, le premier en 1603, aurait indiquer le nom de cette baie qu'il
appelle toutefois "Misamichy".
(45) Sa célèbre carte de la Nouvelle-France de 1632 indique la même graphie.



  Samuel de Champlain et la première mention de Miramichi en 1603.


    Le 17e siècle vit les échanges entre les Micmacs et les Européens prendre une importance capitale. Même si les Français concentraient leurs efforts de colonisation autour de la "Baie Française", l'actuelle baie de Fundy, particulièrement à Port-Royal, la Miramichi ne leur était pas inconnue. L'île de Miscou, stratégiquement placée aux confins de la baie des Chaleurs et du golfe Saint-Laurent, devint un lieu fort achalandé par les navires des compagnies de traite de France. En 1623, sous le commandement du capitaine Raymond de La Ralde, la compagnie de Montmorency ou Compagnie des De Caën, détentrice du monopole du commerce des fourrures dans le golfe, fit construire une habitation à Miscou qui fut terminée en 1626. (46) De leur poste de traite de Miscou, les Français trafiquaient avec les Micmacs de la région, établissant un autre poste à l'embouchure de la rivière Richibouctou. (47) Les Amérindiens de la baie de Miramichi ont ainsi commercé avec ces Européens, tel Gabriel Prévost dans les années 1640 (48), tandis que les rives de la baie servaient parfois aux pêcheurs qui y faisaient sécher la morue avant de l'expédier sur les marchés d’Europe. (49)

    En plus des marchands et des pêcheurs, les Micmacs de la baie entrèrent en contact avec des missionnaires catholiques. Grands acteurs dans l'histoire de la Nouvelle-France, les jésuites avaient fondé une mission à Miscou dans les années 1630, placée sous le vocable de Saint-Charles. De cette mission, les jésuites desservaient les villages micmacs de Percé à Richibouctou et ceux de Miramichi les accueillèrent à plusieurs reprises. (50) Les Relations des jésuites nous apprennent que le père Martin de Lyonne, arrivé en Acadie en 1643, se rendit à Miramichi en 1645-1646 afin d'y exercer son ministère: " ... d'où il retourna très satisfait des Sauvages qui se plaisent partout à entendre parler des mystères de notre Sainte Foy" (51) nota la Relation. Il est à souligner que Martin de Lyonne était l'un des rares missionnaires de l'époque à parler la langue des Micmacs. (52)

    Les Micmacs de Miramichi furent possiblement visités aussi par un capucin français, Balthazar qui oeuvrait à partir de son poste à l'embouchure de la rivière Nipisiguit aux alentours de 1640-1650. (53)

    Cette première partie du 17e siècle fut témoin de l'intensification des contacts et des échanges entre Amérindiens et Blancs. Une famille française allait cependant marquer considérablement l'histoire de la baie de Miramichi en plus de jouer un grand rôle dans le développement de l’Acadie et de la Nouvelle-France.

 La famille Denys à Miramichi

    Nicolas Denys et son fils Richard Denys de Fronsac sont les Européens qui ont sans doute marqué le plus l’histoire de la baie de Miramichi au 17e siècle. Originaire de Tours en France, Nicolas Denys arrive en Acadie en 1632 avec l'expédition d’Isaac de Razilly. Entrepreneur de pêche et commerçant de bois et de fourrures, Denys épouse à La Rochelle en 1642 Marguerite Lafite, issue d'une famille marchande de Bordeaux. (54) En 1653, Nicolas Denys reçoit, contre la somme de 15 000 livres, le monopole de la pêche sur la côte et les îles du golfe Saint-Laurent, du cap de Canseau (Cap Breton) jusqu'au Cap des Rosiers (Gaspésie). En janvier 1654, Denys devient gouverneur et lieutenant général de ce grand territoire. (55) Il s'installe dans son habitation de Saint-Pierre au Cap Breton bien qu'il possède aussi des postes de traite à Miscou, Nipisiguit et Miramichi. Pas très chanceux en affaires (Denys fit au moins six faillites entre 1634 et 1669 (56)), il retourne en France en 1670 et laisse à son fils Richard, sieur de Fronsac, la gestion de ses entreprises en terre acadienne.

    Richard Denys reçoit la charge de ce territoire alors qu'il a 17 ou 18 ans. Sa mère, Marguerite Lafite, l’assiste tout probablement dans les affaires quotidiennes puisqu'elle remplaçait déjà son époux à l'occasion comme l'hiver où elle commanda le poste de Nipisiguit. (57) Marguerite Lafite illustre bien le cas de ces Françaises qui, dans le 17e siècle acadien, partageaient avec leur mari la gestion de l'entreprise familiale, comme Françoise Marie Jacquelin, épouse de Charles de LaTour (la célèbre "Madame LaTour") ou encore Jeanne Mottin, femme de Charles d'Aulnay, seigneur de Port-Royal. (58)
 
    Durant les premières années de son administration, Richard Denys réside au poste de Nipisiguit.
(59) Ce fut sans doute dans la deuxième moitié de la décennie 1670 que le sieur de Fronsac s'établit au poste de la rivière Miramichi que les Français d'alors appelaient la rivière Sainte-Croix. Richard Denys portait le titre de sieur de Fronsac, même si son père n'était pas titré. Son oncle, Simon Denys fit confirmé ses titres de noblesse par l'intendant de Nouvelle-France, Jacques Duchesneau en 1680.

    Le document déclarait que Simon Denys, sieur de La Trinité avait obtenu ses lettres de noblesse en 1668. De plus, les fils de Simon Denys portaient aussi des titres, tels Simon-Pierre Denys, sieur de Bonaventure et Pierre Denys, sieur de La Ronde. Richard Denys, ayant des parents titrés, semble s'être donné le titre de sieur de Fronsac, nom de lieu du Cap Breton ainsi nommé en l'honneur du cardinal de Richelieu, duc de Fronsac. Certains historiens pensent que Richard Denys serait né au Cap Breton vers 1654 à Saint-Pierre, près du lieu dit de Fronsac (60), ce qui peut aussi expliquer ce titre. Ajoutons que les catégories sociales étaient très importantes à l'époque et que plusieurs Français en Nouvelle-France et en Acadie profitent de la mobilité sociale de la jeune société coloniale pour obtenir titres et fonctions (61). En plus de ses cousins, Richard Denys avait un beau-frère très bien situé dans l'échelle sociale de la colonie. Michel LeNeuf de LaVallière, seigneur de Beaubassin et administrateur-gouverneur de l'Acadie de 1678 à 1684 avait épousé Marie Denys, soeur de Richard, vers 1660. (62) De tels liens de famille et de clientèle permettaient à Richard Denys d'afficher son titre de sieur de Fronsac sans craindre la contestation.

    Nicolas Denys revient en Acadie en 1685 et s'installe àNipisiguit où il meurt en 1688, âgé d'environ 90 ans. Richard hérite des biens de son père et devient, du moins en titre, le seul maître de "l'empire" paternel dans le golfe Saint-Laurent. Fronsac avait déjà fondé sa propre famille en épousant vers 1680 une Micmaque du nom de Anne Palarabego qui lui donna quelques enfants. Anne était peut-être la fille d'un chef micmac de la baie de Miramichi car les seigneurs français qui ont épousé des Amérindiennes choisissaient des filles de chef, comme le baron de Saint-Castin qui épousa en 1688, Mathilde, fille du grand chef des Abénaquis. (63)

    L'un des enfants métis de Fronsac, sa fille aînée Marie-Anne, fut baptisée au fort de Jemseg sur la rivière Saint-Jean en mai 1681. Sa marraine fut Marie-Françoise Chartier, veuve de Pierre de Joybert, seigneur de Marson et de Soulanges qui fut administrateur de l’Acadie en 1677-1678. (64) Ce baptême démontre encore une fois les relations privilégiées que Richard Denys maintenait avec les familles dirigeantes de son époque. Quelques années auparavant, il avait participé à une expédition militaire au Cap Breton commandée par son beau-frère, Michel Le Neuf de La Vallière. Le comte de Frontenac, alors gouverneur de Nouvelle-France, fut satisfait de leurs manoeuvres et les jeunes beaux-frères devinrent ses protégés, intégrant le réseau de clientèle de Frontenac. (65)

    De son habitation de Miramichi appelée parfois "Fort Sainte-Croix", Fronsac gère le domaine de son père en seigneur. L'emplacement actuel du village de Néguac faisait partie de ce vaste territoire. Richard Denys habitait sans doute la région qui constitue aujourd'hui le Parc provincial de l'Enclosure, situé à quelques kilomètres au sud-ouest de Newcastle, au lieu où la rivière Northwest Miramichi se jette dans la Miramichi. (66) Des fouilles archéologiques y sont effectuées depuis 1990 et ont mis à jour des vestiges des camps de réfugiés acadiens du Grand Dérangement en plus d'artefacts du 17e siècle, ce qui indique que le site était bien connu des Français et des Acadiens. (67) Comme le lieu est situé tout près d'importants cours d'eau, la possibilité d'y faire le commerce des fourrures avec les Micmacs dicta sans aucun doute le choix de ce site comme poste de traite par Nicolas Denys.

    Richard Denys n"eut pas grand temps pour développer sa seigneurie de Miramichi puisqu'il périt dans le naufrage du "Saint-François-Xavier" à l'automne de 1691 alors qu'il n'avait que 37 ans. (68) Cependant, les quelques années qu'il passa à Miramichi furent décisives pour l’histoire de la région. Vers 1687, Fronsac demanda au ministre de la Marine de France, le Marquis de Seignelay (l’administration des colonies était placée sous la juridiction du ministère de la Marine) de lui octroyer une commission lui permettant de faire respecter la justice sur son territoire. Port-Royal, capitale de l’Acadie étant assez éloigné de la baie de Miramichi: "... on ne pourrait pas en ces occasions avoir recours au Sr de Meneval (Louis-Alexandre des Friches, sieur de Meneval, gouverneur de l'Acadie de 1687 à 1690) qui demeure en des lieux éloignés de 150 lieues ... " (69)

    Richard Denys n'était pas le seul Français à résider dans la baie de Miramichi en compagnie des Micmacs. En 1688, un recensement de ses possessions de Restigouche, Nipisiguit et Miramichi indique qu'il avait un fort en bois à Miramichi avec quatre bastions et huit pièces de canon. Une douzaine de Français y passaient l'année avec un commis à leur tête. De plus, la saison estivale y attirait une dizaine de pêcheurs de morue. (70) Les Amérindiens y étaient fort nombreux et il semble que Denys les a encouragés à abandonner leur style de vie de nomades, à devenir sédentaires et à pratiquer l'agriculture. Fronsac, qui parlait la langue des Micmacs, fait état de 80 wigwams pour une population de 500 Amérindiens, hommes, femmes et enfants à qui il fournissait des vivres: "Jay magazin ou J’entretien Les Sauvages et françois". (71)

    En plus des Français du fort et des Micmacs, trois habitants sont présents à Miramichi. On y retrouve un certain "Lagassé", probablement André Mignier dit Lagacé, originaire de la région de La Rochelle qui vit à Miramichi avec son épouse, Jacquette Michel et qui ont cinq filles et deux garçons. Michel Degré ou Degrez vit également à Miramichi. Originaire de Paris, il est au service de Fronsac depuis sept ans en 1688 et il vit avec une Amérindienne. L'autre habitant est Claude Petitpas dit Lafleur dont le père est Claude Petitpas, sieur de Lafleur, greffier au tribunal de Port-Royal. L’épouse de ce Lafleur est aussi micmaque et se prénomme Marie-Thérèse. (72) Fronsac déclare que Lafleur réside à l’entrée de la rivière, ce qui fit dire à l’historien W.F. Ganong que ce Français vivait dans l'île au Portage, située dans la baie de Miramichi. Lafleur y avait sans doute un établissement pour la pêche à la morue et assurait aussi le ravitaillement des pêcheurs qui y venaient l'été. (73)

    Cette quarantaine de Français et de Métis en plus des 500 Micmacs de la baie de Miramichi s'ajoutent aux 36 Français et 400 Micmacs de Restigouche ainsi qu’aux trois habitants français de Nipisiguit et à la population amérindienne de cette rivière. Ainsi, sur ce grand territoire, Fronsac "commande" à près d'une centaine de Français, une présence européenne assez considérable dans l’Acadie de l’époque. Le sieur de Fronsac se dit seigneur de ces lieux et les habitants le reconnaissent pour tel: " ... tous ces habitans me reconnaissent pour leur seigneur et men payent Les rentes". (74) Comme tant d'autres seigneurs-entrepreneurs, Denys promettait de développer son domaine soit pour obtenir des fonds du trésor royal ou encore pour empêcher ses terres d'être rattachées au domaine royal. Selon la coutume du temps, un seigneur qui ne respectait pas son engagement de coloniser et de développer sa seigneurie risquait de la perdre au profit de la Couronne. Dans son mémoire de 1689 adressé au marquis de Seignelay, Fronsac déclare: " ... faire labourer avec des boeufs et ( ... ) acheté tout ce qu'il faut pour bâtir un moulin à eau à son retour. Enfin il a commencé avec succès à établir la pêche sédentaire qu'il prétend augmenter tous les ans ". (75)

    En plus de ces promesses, Denys voulait également obtenir des prêtres missionnaires pour la conversion des Micmacs et les secours religieux dispensés aux habitants français, geste toujours bien vu de la part des autorités. Déjà, dans les années 1670, le récollet Chrestien LeClercq exerça son ministère à Miramichi. (76) De 1684 à 1687, l'abbé Louis-Pierre Thury travailla à la rivière Sainte-Croix (Miramichi) jusqu’à ce que l'évêque de Québec l’envoie au fort Pentagouet pour y desservir les Abénaquis commandés par le baron de Saint-Castin. (77) Ces

    Chrestien LeClercq publia une "Nouvelle relation de la Gaspésie" en 1691 dans laquelle il décrit son travail de missionnaire. Voici un extrait de son compte-rendu d'un voyage qu'il fit à Miramichi durant l'hiver.

"Je n'ai jamais fait une expérience plus sensible de cette vérité, que dans le voïage que j'entrepris pour aller administrer les Sacrements aux François, qui demeuroient avec Monsieur Richard Denys de Fronsac à Mizamichis, & prêcher l'Évangile aux Sauvages Porte-Croix, qui n'avoient presque point du tout entendu parler des Misteres de nôtre sainte Religion. La charité que je devois avoir pour tous les Sauvages de ma Mission, me sollicitoit puissamment de l'entreprendre, quoique ce fût dans la saison de l'Hiver la plus difficile & la plus rigoureuse: & il semble que Dieu en approuva le dessein, puisqu'un Sauvage, lorsque nous y pensions le moins, arriva avec sa femme à Nipisiquit, qui m'assûra que pour éviter quelques differents qui étoient survenus entre les gaspesiens de Ristigouche, il en étoit sorti avec sa femme & son enfant, pour se retirer à Mizamichis; afin d'y vivre en repos, avec ceux de sa connoissance. Comme c'étoit là pour moi une occasion assez favorable, & une compagnie qui me pouvoit être d'un tres-grand secours pendant cette route, je le priai de differer son départ jusqu'à quelques jours, pour me donner le tems & la consolation de baptiser quelques Sauvages que j'avois instruits, pour recevoir le premier & le plus necessaire de nos Sacrements.
 

  • Source: Chrestien LeClerq (1691), p. 52.

 départs déplaisaient à Fronsac qui les dénonce ainsi. " ... jay en des recollets neuf ans de temps ci mes despents pour linstruction des Sauvages, mais Les Evesques de Kebec les ont chassé de mes rivières ". (78)

    Afin d'assurer une présence continue de missionnaires, Richard Denys concède en 1685, au nom de son père Nicolas, trois concessions de terre aux Messieurs du séminaire de Québec, soit l'une sur la rivière Restigouche, l'une au Cap Breton et l'autre à Miramichi.

    En retour, les autorités religieuses de Québec devaient y établir:

"... une Mission Sédentaire avec une Église ou Chapelle a Chacune desquelles Il y aura au moins un prestre dudit Seminaire Entretenu et logé aux depens d'Iceluy aux fins Susdites d'y prescher l'Évangile, instruire a la foy et religion Catholique apostolique et Romaine; tous lesdits Sauvages originaires et autres quy pouront Se joindre à eux, que les françois quy y Sont ou pouront estre habitués a l'avenir, et leurs y administrer les Sacremens et autres asSistances Spiritueles qui leur Seront neceSSaires. " (79)

    Fronsac se réservait le droit de la traite des fourrures avec les Micmacs ainsi que le droit d'y construire un magasin pour ce commerce en promettant cependant de ne pas y vendre de l'eau-de-vie.

Carte de W.F. Ganong indiquant la concession de 1685 aux Messieurs du séminaire.

  • Source: W.F. Ganong (1907), p. 28

 L'intendant et l'évêque en visite chez Fronsac.

L'intendant de Nouvelle-France Jacques De Meulles en route pour Port-Royal, s'arrêta chez Richard Denys de Fronsac en novembre 1685. Lannée suivante, l'évêque de Québec, Mgr de Saint-Vallier, en tournée pastorale, visita la mission de Miramichi. Voici un extrait de ce qu'il nota au sujet des Micmacs:

" Ils font d'un naturel doux & docile; ils exercent volontiers l'hofpitalité, ils vivent entre eux en grande union, ils aiment leurs enfans autant que toute autre Nation du monde; les femmes font auffi laborieufes que les hommes; on ne les voit jamais inutiles: l'impureté eft en abomination parmi eux; la continence y eft en veneration; il eft rare qu'un homme ait deux femmes, il fe rendroit méprifable par cette conduite, & on diroit de luy qu'il vit en bête & non pas en homme: quoy que les perfonnes mariées y foient tres - fécondes, elles vivent d'une maniere fi réglée avec leur mary, que fans péril d'incontinence de part ni d'autre, elles n'ont communément des enfans que de deux ans en deux ans; les garçons font retenus & refervez avec les filles au delà de ce qu'on peut croire : il y a des endroits où ils ont des cabanes feparées, & ils ne fe vifitent jamais les uns les autres; que s'ils fe rencontrent au dehors, on ne leur voit prendre aucune liberté enfemble; & il eft inoüi qu'il fe foit paffé entre eux le moindre défordre. Que ne doit-on pas attendre de telles gens, quand la grace de l'Évangile venant à fortifier de fi belles inclinations, on les verra s'élever à cette haute perfection dont on a le plaifir de les voir capables.

Sources: W. I. Morse (1935), pp. 100-101 et Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier (1688), pp. 43-45.

    Cette stratégie élaborée dans le but d'attirer des missionnaires fonctionna quelque temps. Même l’évêque de Québec, Mgr de Saint-Vallier, visita la mission de Miramichi en 1686. L'année précédente Fronsac avait vendu son habitation de Miramichi aux Messieurs du séminaire (80), mais l'acte de vente et les concessions de terre de 1685 furent annulés en 1690 car les prêtres du séminaire et l'évêque n'avaient pas respecté leurs engagements. (81)

    En vendant sa demeure en 1686, Denys se logea sans doute au nord-est de la baie de Miramichi, sur ce qui est aujourd'hui la réserve micmaque de Burnt Church. L'historien Fidèle Thériault propose, sous toutes réserves, que Fronsac y aurait fait construire l'église de pierre que les soldats britanniques incendièrent en 1758 en plus de quelques maisons de pierre. C'est donc dire qu'en encourageant les Amérindiens à se sédentariser, Fronsac serait à l'origine du village micmac "permanent" de Burnt Church appelé "Clienabodiche" par les Français.

    Une analyse des relations entre les Micmacs de la baie de Miramichi et Richard Denys nous permettraient de mieux saisir le rôle de ce dernier dans la réalité amérindienne de l'époque.

    Denys ne demeure pas longtemps dans sa nouvelle demeure. Devenu veuf d'Anne Palarabego, il épouse à Québec en 1689 Françoise Cailleteau, fille d'un marchand de La Rochelle. Le clan Denys est très bien représenté au mariage comme l'atteste l’acte: Pierre Denys de La Ronde, Charles Denys de La Trinité, Simon Denys de Bonaventure ainsi que Michel Le Neuf de La Vallière sont présents et signent l’acte. (82) En 1691, toujours à Québec, le couple Fronsac-Cailleteau fait baptisé un fils, Louis. Le parrain est le comte de Frontenac, gouverneur de Nouvelle-France et la marraine est Louise de Joybert, épouse du marquis Philippe de Riguaud de Vaudreuil. (83) Vivant maintenant à Québec, Denys et sa nouvelle famille s'intègrent dans les hautes sphères des relations sociales de la capitale. La même année de la naissance de son fils Louis, Richard Denys, seigneur de Miramichi, décède en mer.

    Denys de Fronsac aura malgré lui marqué l'histoire de Néguac car en encourageant la sédentarisation des Micmacs, le village de Burnt Church allait naître. Et un demi-siècle plus tard, lorsque des familles acadiennes bousculées par les péripéties de la Déportation s'installeront dans ce qui est Néguac,

Inventaire des biens de Fronsac vendus aux Messieurs du séminaire de Québec.

         "Mémoire des chosses qui doi estre livré a monsieur thury

Si tost quil Sera arrivé au logis de la riviere Ste Croix, Scavoir

quatre plast destain deux grands et deux moyens
Six assiete destin de Celle qui ne sont marquée
une marmite et la cuillere
un pot destin
une poille a frire
Six Serviette unie
deux nape
Six torchon
une tourtiere
une pettite chaudiere
la table qui est dans ma chambre Sans le tapit
tous les maderies qui Se trouveront faist avec les planches
ormis le bordage de meriSiay
douze pot deaudevie
deux pot d'huille d'olive
douze livre de lard,

de luy faire delivrer Soit au logis ou a nipiSiguit la meilleures des chaloupes & qui mapartienne avec les agrais comme le grabin et voille de plus de rayer le compte que nous avons eu Cy devant par ensemble, avec monsieur thury.

faict a Kebecq ce 17e octobre 1686 faict double l'un de valleur et laustre nul

(signé) Denys fronçac

Le Sieur Dugré Livrera Le Contenu Cy dessus a monsieur
thury
(signé) fronçac "
 

  • Source: S.H.N.D. (1979), p. 41.

 elles choisiront ce lieu en partie à cause de la présence des Micmacs, leurs alliés depuis le 17e siècle.

    Qu'advint-il des possessions de Fronsac dans la baie de Miramichi? Il se peut qu'une partie de ses possessions furent détruites par l'expédition militaire de William Phips, de 1690, en route pour Québec où il allait se faire servir la célèbre réponse de Frontenac. Il est également possible que le corsaire David Basset, un Français passé au service de Boston et qui écuma les postes français de la baie des Chaleurs en 1691 ravagea aussi les installations de Denys à Miramichi. (84) Un mémoire note que le fort de Miramichi est complètement détruit en 1698. (85) Mais le territoire échut quand même aux héritiers de Richard Denys.

Micmacs, marchands et missionnaires (1691-1755)

    L'héritier des seigneuries de Richard Denys, son jeune fils Louis, a tout juste un an au décès de son père en 1691. Les enfants métis de Fronsac et d'Anne Palarabego, Marie, Anne et Nicolas, ne semblent pas hériter de leur père et s'installent en Nouvelle-France. (86) Munie d'une procuration que Richard Denys lui avait signée avant de décéder, sa veuve Françoise Cailleteau, demeurée à Québec, gère les biens de son époux. En 1692, elle loue la seigneurie de Miramichi au riche et influent marchand Charles Aubert de La Chesnaye. (87) Plus important financier de la Nouvelle-France au 17e siècle, Aubert de La Chesnaye avait épousé en troisième noces, MarieAngélique Denys de La Ronde, une parente de Richard Denys. Ce financier était également trafiquant de fourrures et l'un de ses associés, Jean Gobin, reçut la seigneurie de Nipisiguit en 1690, rachetée la même année par Fronsac. (88) Les difficultés financières que connut Aubert de La Chesnaye dans les années 1690 expliquent sans doute le peu d'intérêt que ce marchand porta à la Miramichi.

    Françoise Cailleteau n'allait pas demeurer veuve longtemps. En 1694, elle épouse le marchand et commissaire d'artillerie Pierre Rey-Gaillard de Québec. Louis Denys dut mourir en bas âge puisque ce sont les enfants du mariage Cailleteau-Rey-Gaillard qui vont hériter les seigneuries de Richard Denys. (89)

    La seigneurie de Miramichi fut à nouveau louée en 1696 à un marchand de Québec, Denis Riverin. Ce marchand en fourrures et entrepreneur en pêcheries faisait partie de l'élite de la Nouvelle-France et rédigea plusieurs mémoires sur la pêche qu'il adressa au gouvernement français afin d'obtenir un appui financier pour le développement de ses établissements de pêche. (90) Dans l'un de ses mémoires rédigés en 1698, Denis Riverin déclare que l'ancien fort de Denys à Miramichi est en ruines. Riverin a un commis à Miramichi qui dut gérer un poste de traite. (91) Mais encore une fois, l'aventure de Riverin à Miramichi fut d'assez courte durée.

    En 1703, le fils métis de Richard Denys, Nicolas, refait surface à Miramichi lorsqu'il reçut une concession de terre de Pierre Rey-Gaillard à la rivière Nibertou (Bartibog). (92) L'année suivante, Rey-Gaillard concède " ... à la nation des Sauvages nommés Mickemac establys à la pointe appellée Chenabodiche en la seigneurie de Miramichy ... une demye lieue de terre en carré sur chaque face... " (93) Cette concession de terre de 1704 confirme que les Micmacs sont présents à Burnt Church (Chenabodiche) et qu'ils ont avec eux un missionnaire récollet en la personne de Florentin de Belleroches. La région de Néguac, incluse dans les limites de la seigneurie de Miramichi connaît donc la sédentarisation de ces Amérindiens convertis au catholicisme et trafiquant leurs fourrures avec les représentants de marchands de Québec tels ces Aubert de La Chesnaye, Riverin, ainsi qu'un Jacques Gourdeau de Beaulieu et de La Grossardière, marchand, qui achète la seigneurie de Miramichi en 1698 et la revend en 1699. (94)

    La seigneurie de Miramichi, même si elle ne connaît pas une présence française permanente n'en demeure pas moins une réalité au 18e siècle. En 1753, les enfants de Pierre Rey-Gaillard tentent même d'y prélever des rentes seigneuriales auprès des pêcheurs mais les autorités coloniales de Québec refusent. (95) Quelques années plus tard, Marie-Françoise Achille Rey-Gaillard, héritière de la seigneurie la vend à un autre marchand de Québec, un certain John Bondfield. Ce dernier en 1764 réclame "ses" terres de Miramichi au gouvernement de la Nouvelle-Écosse (qui à l'époque, englobe le Nouveau-Brunswick). Halifax refusa, citant une loi de 1759 qui rendait caduc certains titres de propriétés émis sous le régime français. (96)

    Marchands et pêcheurs ne sont pas les seuls Français à visiter la baie de Miramichi dans cette première moitié du 18e siècle. En 1714, un Acadien de Beaubassin, Pierre Arsenault, passa quatre jours à Miramichi où il vit des Micmacs en canot. Il en aperçut également à la rivière Pokemouche qui pêchaient l'anguille au flambeau. Pierre Arsenault qui explorait les côtes du détroit de Northumberland afin d'y trouver de nouvelles terres d'établissement pour les Acadiens (97) (le Traité d'Utrecht de 1713 qui cédait lAcadie à la Grande-Bretagne permettait aux familles acadiennes d'émigrer dans les autres possessions françaises et le territoire du Nouveau-Brunswick à l'époque était considéré comme étant français), rencontra des pêcheurs dans la baie de Caraquet qui pêchaient à bord d'une douzaine de chaloupes. (98)

    Dix ans plus tard, en 1724, Jacques de L'Hermite, ingénieur français qui oeuvra aux fortifications de Louisbourg visita la région et dressa une carte. Il y trouve, sans doute à Burnt Church, un Français.

    Peut-être s'agit-il de Gabriel Giraud qui faisait la traite des fourrures avec les Micmacs et qui avait même épousé une Micmaque. Giraud s'est établi à Caraquet vers 1731, près du ruisseau Isabelle. (99) L'Hermite remarqua aussi la présence d'un village amérindien d'une population d'environ 50 personnes à Miramichi. Cependant, l'ingénieur français ne fait aucune mention de missionnaires dans la région. La mission de Miramichi était desservie par des récollets à cette époque. L'église érigée à Burnt Church était appelée l'église des récollets. Un document de 1735, sans doute rédigé sous les ordres du gouverneur français de l'Ile Royale (CapBreton), Saint-Ovide de Brouillan, fait mention d'une église et d'un presbytère à Miramichi ainsi que d'un village micmac qui compte une population de 98 hommes. (100)

    La présence française était ainsi assurée par des marchands, des pêcheurs, des missionnaires et des visiteurs occasionnels. La cartographie française devient plus précise au

Jacques de L'Hermite dans la baie de Miramichi en 1724

" Miramichy est une très belle baye, il y a une isle devant qui forme la baye que l'on nomme l'Isle au Potage et fait deux passe, celle du nord n'est que pour les canots d'écorce, quoyque cette baye Soit fort estendue elle est platte, l'autre passe est très belle, il y a la pointe des cominac qui faut laissé à babord avant que d'estre à l'entrée, il y a un chenal qui n'est pas mal ayzé, toutte personne qui y aura entré une fois la Saura. il y a huit brasses d'eau dans le chenal à mer basse, quand on est à la veüe de la pointe de l'Isle au Pottage qui rest à Stribord il faut rangé babord en ce que cette Isle à une bature qui porte loing au large, après estre entré Sy lon veut aller dans labbaye qui paroist à Stribord on trouvera huit et Sept brasses pendant quelque temps, après quatre brasses, le grand chenal conduit tout droit comme la rivière il y a partout huit brasses et Sept au haut fond partout de Sable vasard, cette baye S'étend à dix lieues après, forme deux rivières qui Sont très belles, les petits bâtiments de quatorze à quinze thonneaux peuvent monter dedans presque jsuque au resSaut.

De la marée qui monte encore dix lieues, la rivière S'estend bien plus loin, mais il n'y a que des canots d'écorce ou batteau plats qui peuvent monter plus loing; quand g y arrivé le batteau dans lequel j'estois venu de québecq n'estoit pas encore arrivay, je trouvé un Canadien qui demeure là pour la traitte de la peltrie, comme un de mes Sauvages me quitta je louay ce Canadien, avec l'autre Sauvage nous fûmes pour aller voir des chennes que ce Sauvage m'avoit promis de me faire voir, mais les vents ne nouspermire pas d'aller à plus de trois lieues, il fallut revenir Sur nos pas.

  • Source: S.H.N.D. (1970), p. 43.

sujet des noms de lieux de la baie de Miramichi. La rivière Tabusintac est, par exemple, présente sous les graphies de "Taboquinket", "Taboquinet", "Tabogimquec", etc. et le village

Les missionnaires récollets à Miramichi au 18e siècle

Années Missionnaires

env. 1700-env. 1705 Florentin de Belleroches
1705-env, 1722 Michel Bruslé
1730-1735 Le père Luc
1735 Le père Gélas
1735-1758 Le père Ambroise
env. 1740-env. 1755 Maurice de la Corne
1758-1768 Bonaventure Carpentier

  • Source: Documents Fidèle Thériault

 micmac de Burnt Church paraît comme étant Chenabodiche, Pointe-du-Village, Pointe-à-la-Croix, Pointe-de-l’Église. (101) Les années 1750 qui seront témoins de la fin du régime français au Canada seront également témoins de la naissance de plusieurs villages acadiens dont celui de Néguac, né des périples du Grand Dérangement.

Les Micmacs et les conséquences du contact européen

    Lorsque les premières familles acadiennes s"installent àNéguac vers la fin des années 1750, les Micmacs de la région subissent depuis au moins deux siècles les effets du contact européen. Ces Amérindiens ont bien sur profiter de la traite des fourrures pour obtenir des produits des Blancs, tels ces chaudrons de cuivre qu'ils appréciaient beaucoup. La présence des missionnaires catholiques au sein de leurs villages les fit entrer dans le monde chrétien. Des fouilles archéologiques (102) effectuées en 1879 ont mis à jour un crucifix de plomb à l'embouchure de la rivière Tabusintac. (103) Les recherches actuelles démontrent que dans l'ensemble le contact européen fut très néfaste pour les Amérindiens. (104) Les Micmacs de la baie de Miramichi, nomades depuis des millénaires, deviennent sédentaires sous l'influence française. Richard Denys les invita à se fixer à Chenabodiche appuyé par les récollets pour qui la sédentarisation des autochtones facilitait le travail de christianisation. (105)

    Les Micmacs deviennent de plus en plus dépendants de la technologie européenne et même leur alimentation fut tributaire des provisions que les Français échangeaient en retour de leurs fourrures. Les Micmacs furent ainsi encouragés à cultiver le maïs. L'abbé Thury tenta l'expérience à Miramichi en 1685-1688. (106) En 1714, Pierre Arsenault nota qu'à la rivière Richibouctou les Micmacs avaient un jardin de maïs. (107)

    L'eau-de-vie introduite par les marchands d’Europe contribua aussi à la désintégration de l'univers culturel micmac. Labbé Thury et l’évêque Saint Vallier de Québec font état des grands problèmes causés par la présence de l’alcool à Miramichi (108), problème que les jésuites avaient déjà remarqué dans la première moitié du 17e siècle. (109)

    La désintégration de la société amérindienne fut largement due aux guerres européennes et à leurs désastreuses conséquences démographiques au sein de la population micmaque. Alliés des Français, les Micmacs durent affronter les Britanniques: ils participèrent avec d'autres nations algonquiennes, regroupées dans la confédération dite Wabanaki, à des expéditions militaires contre les établissements de la NouvelleAngleterre. En 1697, Villebon, commandant de l'Acadie, note que des guerriers micmacs de Miramichi et de Richibouctou sont venus retrouver les soldats français sur la rivière Saint-Jean afin de combattre les Anglais. (110) Devenus maîtres de l'Acadie après 1713, les Britanniques lancent contre les Micmacs des attaques qui ont certaines caractéristiques d'une véritable politique de génocide à l'endroit de ces Amérindiens. (111)

    Les effets du contact européen sur les Micmacs constituent encore un thème fort riche pour les spécialistes de cette question. (112) Toutefois, il est certain que l'arrivée des Blancs dans la baie de Miramichi allait transformer à jamais la culture amérindienne. Des villages micmacs permanents comme celui de Burnt Church verront le jour à la fin du 17e siècle. Ces villages deviendront les réserves du 19e siècle. L’historien québécois Denys Delâge a sévèrement jugé la conquête européenne de l'Amérique du Nord-Est. Selon lui, les Européens ont pris toute la place dans cette région: "Déjà (au 17e siècle), les deux modalités de la "solution finale" de la "question" amérindienne sont en place: génocide et/ou réserve ". (113)

    En 1802, Fredericton concéda des terres aux Micmacs de Burnt Church et cette concession fut à l’origine de la réserve d'aujourd'hui. Les paroles du vieux chef amérindien Seattle de 1854 résument bien la notion amérindienne du rapport ancestral à la terre et sa négation par les gouvernements des Blancs:

    "Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur des terres? Pour nous, cette idée est étrange. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l'eau et le scintillement de l'eau, comment pouvez-vous les acheter? ... Nous savons ceci: la terre n'appartient pas à l'homme, mais l'homme appartient à la terre". (114)



Notes et références

1 . Samuel Arseneault, (1989), p. 16
2. Cedric L Haines, (1979, p. 25
3. Donald J. Savoie et Maurice Beaudin, (1988), p. 23
4. Alan Rayburn, (1975), p. 196
5. Idem
6. W.F. Ganong, (1906), p. 18
7. Bernard Assiniwi, (1973) p. 88
8. Léo-Paul Hébert, (1984), p. 189-190.
9. Report concerning Canadian Archives (1905), vol. II, p. 204-205.
10. Donat Robichaud, (1986), p. 42-45.
11. Journal de visite de 1812, (1980), p. 66.
12. Alan Rayburn, (1975), p. 196.
13. Recensement provincial de 1861, p. 49.
14. José Benmonyal, (1987).
15. David Keenlyside (et al), (1976).
16. Patricia Allen, (1980)
17. David Burley, (1974), p. 126 et David Keenlyside, (1985), p. 126.
18. David Burley, (1974) et Alan D. McMillan, (1988), p. 34-35.
19. W.F. Ganong, (1908), p. 270.
20. Red Bank Historic Park Concept (1990)
21. John G. Reid, (1988), p. 3.
22. Jules Bélanger (et al), (1981), p. 50.
23. Denys Delâge, (1985), p. 56-57.
24. Louise Dechêne, (1987), planche 18
25. Ralph T. Pastore, (1990), p. 210-211.
26. Au sujet de l'impact des épidémies sur les populations amérindiennes, voir Alfred W. Crosby, (1986).
27. Ralph T. Pastore, (1990), p. 24.
28. David Burley, (1974), p. 118.
29. David Burley (1981), p. 204.
30. L.F.S. Upton, (1979), p. 3
31. Alan Rayburn, (1975), p. 65.
32. W.F. Ganong, (1899), p. 220.
33. Frances L. Stewart (1989), p. 74.
34. Denys Delâge, (1985), p. 65-69 et Bruce G. Trigger, (1990), p. 255-269.
35. W.F. Ganong, (1899), p. 238 et (1907 a), p. 317.
36. David Keenlyside (et al), (1976), p. 16.
37. Éloi DeGrâce, (1984), p. 44.
38. Georges E. Sioui, (1989), p. 133-134.
39. Bruce G. Trigger, (1990), p. 168.
40. Eugène Achard, (1972).
41. Michael Bradley, (1990).
42. Bruce G. Trigger, (1990), p. 174-175.
43. Marcel Trudel, (1963), p. 27-31 et D.G.G. Kerr, (1979), p. 8.
44. Jacques Cartier, (1986), p. 329.
45. H. P. Biggar, (1922), p. 168-169.
46. Rosemonde Cormier, (1989), p. 5.
47. Ibid, p. 9.
48. Ibid, p. 28.
49. W. D. Wallis (et al), (1955), p. 10.
50. Rosemonde Cormier, (1989), p. 18.
51. R. G. Thwaites, (1898), p. 142.
52. Jules Bélanger (et al), (1981), p. 91
53. Ibid, p. 90.
54. Clarence d'Entremont (1982), p. 29.
55. Ibid, p. 33.
56. Bernard Pothier, (1974), p. 18.
57. W.F. Ganong, (1907b), p. 14.
58. M.A. MacDonald, (1983).
59. W.F. Ganong, (1907b), p. 9
60. Alfred G. Bailey, (1966), p. 269.
61. Christopher Moore, (1990), p. 158-159. Un bon exemple acadien est celui des frères d'Amours et leurs seigneuries de la rivière Saint-Jean. Voir Marie-Claire Pitre (et al) (1985), p. 90-100.
62. Jean Daigle, (1970), p. 23.
63. J.C. Webster, (1979), p. 193.
64. Bernard Pothier, (1979), p. 193.
65. John G. Reid (1981), p. 171.
66. W.F. Ganong, (1907b), p. 27-32.
67. Éloi DeGrâce, (1990a) p. 17.
68. Alfred G. Bailey, (1966), p. 268.
69. Bernard Pothier, (1979), p. 47.
70. W.F. Ganong, (1907b), p. 35.
71. Bernard Pothier, (1979), p. 47.
72. Idem.
73. Idem. Les ouvriers de Richard Denys demeuraient avec lui au moins pour une période de dix ans. Cette fidelité témoigne peut-être d'une bonne gestion de la part de Denys. Voir André Chiasson, (1991), p. 14.
74. Idem.
75. Bernard Pothier, (1974), p. 44.
76. Jules Bélanger (et al), 1981), p. 111.
77. John C. Webster, (1979), p. 198.
78. Bernard Pothier, (1979), p. 47.
79. Ibid, p. 37.
80. Ibid, p. 39-41.
81. Ibid, p. 53-54.
82. Ibid, p. 42.
83. Ibid, p. 54.
84. John C. Webster, (1979), p. 162.
85. Bernard Pothier, (1979), p. 57.
86. Ibid, p. 74.
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AHCN - 2010-10-04