Notre histoire ... notre patrimoine
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Chapitre 2 LA NAISSANCE D'UN VILLAGE ACADIEN Le Grand Dérangement et l'arrivée des familles acadiennes dans la baie de Miramichi L’année 1755 marque un tournant décisif dans l’histoire acadienne. L’établissement des premières familles acadiennes à Néguac est une conséquence directe de la Déportation qui est à l'origine de la venue de centaines de familles fondatrices de la nouvelle Acadie des Maritimes et de la Gaspésie. Le traité d'Utrecht de 1713 avait cédé l’Acadie à la Grande-Bretagne mais la France revendiquait toujours le territoire à l'ouest de l'isthme de Chignectou comme le sien. En 1751, les Français y érigent le fort Beauséjour afin d'assurer leur contrôle sur la région. (1) La France possédait l'île Saint-Jean (île-du-Prince-Édouard) et l'île Royale (Cap Breton) avec la forteresse de Louisbourg. Les militaires français pensaient qu'une reconquête de l’Acadie (devenue la Nova Scotia) était possible mais les autorités anglaises voyaient les choses d'une toute autre manière. La population acadienne de la Nova Scotia demeurait une épine au pied des Britanniques présents en Amérique du Nord-Est et en 1755, des administrateurs coloniaux en viennent aux grands moyens. La "question acadienne" sera réglée par une déportation de la population, et la confiscation de ses biens au profit de la Couronne britannique. En juin 1755, les troupes anglaises, commandées par Robert Monckton s'emparent du fort Beauséjour rebaptisé fort Cumberland. Deux mois plus tard, la Déportation frappe en premier lieu les villages acadiens de l'isthme de Chignectou.(2) Des familles acadiennes échappent à cette mesure militaire radicale en s'enfuyant dans les bois. Il est donc nécessaire de distinguer deux grands groupes d'Acadiens lors du Grand Dérangement: les familles déportées en Nouvelle-Angleterre, en France et en Angleterre et celles qui se réfugient en forêt en continuant de combattre les Anglais. Ces réfugiés remontent les rivières Petitcodiac et Saint-Jean où existent depuis le tournant du 18e siècle plusieurs hameaux acadiens. D'autres choisissent la région de Cocagne, placée sous la protection d'un petit détachement de soldats canadiens de Nouvelle-France sous les ordres de l'officier Charles Deschamps de Boishébert. Le gouverneur de Nouvelle-France, le marquis de Vaudreuil* avait ordonné à Boishébert d'établir un camp militaire à Cocagne afin d'y accueillir les réfugiés acadiens. (3) Mais la présence des soldats anglais se fait plus menaçante et à l'été de 1756, Vaudreuil donne l'ordre: "... de faire passer à Miramichis; tous les accadiens qui sont à Cocagne ..." (4) La région de Miramichi, comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent, était assez bien connue des autorités coloniales de Québec. Sa situation géographique la mettait un peu plus à l'abri des attaques britanniques en provenance du fort Cumberland et elle pouvait être ravitaillée plus rapidement et plus sécuritairement par des navires de Nouvelle-France.(5) Les groupes de réfugiés acadiens obéirent majoritairement aux ordres du marquis de Vaudreuil. Environ 3 500 hommes, femmes et enfants arrivèrent dans la baie de Miramichi à l'hiver 1756-1757. Le rigoureux climat hivernal ne leur fit pas de quartiers. L'abbé LeGuerne, un missionnaire français, qui les accompagnait dans leur exil, décrivit l’enfer qu'ils ont subi: "Caché et fugitif avec eux dans les bois, dans la crainte et la misère, j'ai partagé avec les Acadiens qui y sont restés le triste sort où ils sont réduits les aidant tous de mes conseils et de tout ce qui dépend de mon ministère. Ainsi malgré ce que j'ai pu représenter, on a donc placé les Acadiens qui ne pouvaient plus subsister dans leurs quartiers dans un endroit de misère, je veux dire à Miramichi, où ces pauvres gens sont morts l'hiver dernier en grande quantité de faim et de misère et ceux qui ont échappé à la mort n'ont point échappé à une horrible contagion et ont été réduits par la famine qui y règne à manger du cuir de leurs souliers, de la charogne et quelques-uns même ont mangé jusqu'à des excréments d'animaux, la bienséance m'oblige de supprimer le reste".(6) Cette population acadienne réfugiée à Miramichi fut abandonnée à elle-même: les secours promis par le gouverneur de Nouvelle-France n"arrivèrent jamais.(7) Un autre missionnaire présent parmi eux, l’abbé Maillard, accusa le commandant Boishébert de s'intéresser plus aux profits du négoce qu'à secourir les Acadiens.(8) Boishébert ne fut pas la seule cible des accusations de détournement de fonds. L'un de ses lieutenants, Grandpré de Niverville, semble avoir consacré ses énergies surtout au commerce des fourrures.(9) Le garde-magasin de Miramichi, Thomas Poisset fut aussi accusé de malversation le liant à la célèbre "bande à Bigot", du nom du encore plus célèbre François Bigot, dernier intendant du régime français au Canada et possédant la réputation notoire d'administrateur corrompu par excellence. Ce Thomas Poisset est l'auteur du seul document connu de l'époque qui fait mention du "Camp de l'Espérance" pour désigner le camp des réfugiés acadiens dans la baie de Miramichi.(10) Les Acadiens à Néguac Les horreurs de l'hiver 1756-1757 poussent plusieurs familles acadiennes à abandonner le poste de Miramichi. C'est ainsi que seraient arrivés dans Néguac, plus précisément à la Rivière-des-Caches, la famille Savoie*, composée de Jean
Savoie, de son épouse Anne Landry et de leurs enfants, Jean, Pierre, Joseph, Amand, François et Marie-Josephète.(11) La Rivière-des-Caches doit sans doute son nom au fait que cette famille s'y est réfugiée des attaques anglaises. Quelque temps après, les familles d’Ambroise Breau et de ses fils, Anselme et Victor, viennent les rejoindre mais se fixent à Bas-Néguac au ruisseau dit de Charles Breau ou encore ruisseau Néguac. Après 1757, d'autres s'y installent, mais tous n’y demeurèrent pas. François Morin, époux de Rose Forest laissa son nom à la Pointe-à-Morin. Jean-Baptiste Desnoyers dit Denoit, que l’on retrouve à l'île Saint-Jean en 1755 lors de son mariage à Anne Gautrot à Port-La Joie, reçut l’une des premières concessions de terre à Néguac mais la vendit à Otho Robichaud, ancêtre des Robichaud du village, arrivé vers 1780.(12) L'un des grands chefs de file de la résistance acadienne lors de la Déportation, Joseph Broussard dit Beausoleil, se réfugia aussi à Néguac. On le retrouve en 1758 à l’embouchure de la rivière Burnt Church en compagnie de son fils Joseph.(13) La toponymie régionale conserve son souvenir avec le nom de lieu "hétrière de Beausoleil". Il semble que ce soit la présence du village micmac de Chenabodiche ou Pointe-à-l’Église (Burnt Church) qui a poussé les familles acadiennes à s'établir dans la région. Depuis Richard Denys, les Micmacs y habitaient en permanence, commerçaient avec les marchands de Nouvelle-France et demeuraient les alliés des Français. Une église en pierre s'y trouvait et la mission, rappelons-le, était desservie depuis la fin du 17e siècle, par des missionnaires français, des récollets surtout. Il faut ajouter également que les Micmacs pouvaient fournir les vivres si nécessaires à ces Acadiens victimes de la famine de l'hiver 1756-1757 ou les guider dans la forêt s'ils devaient s'y cacher des raids britanniques. L'importance de la contribution micmaque à la naissance du village de Néguac ne doit donc pas passer sous silence. Établis en plein Grand Dérangement, les hameaux de la Rivière-des-Caches et de Bas-Néguac avec celui de Caraquet constituent les plus vieux établissements acadiens de la Péninsule. Les premières années de l'histoire de ces hameaux ne furent pas de tout repos pour les familles pionnières. La Déportation de 1755 se poursuivit jusqu'au traité de paix de Paris de 1763. À peine débarqués à Néguac, les Acadiens doivent encore fuir. En 1758, les autorités coloniales anglaises lancent une offensive décisive sur les derniers postes français en Acadie. La ville-forteresse de Louisbourg capitule tandis que Robert Monckton et ses soldats s’en vont brûler les villages acadiens de la Petitcodiac et de la Saint-Jean. À l’automne de 1758, le général britannique James Wolfe donne l'ordre à l’officier James Murray d'anéantir les camps de réfugiés à Miramichi. Les Britanniques souhaitent ainsi éliminer une fois pour toutes la présence française et acadienne dans le golfe Saint-Laurent .(14) James Murray tiendra un journal de cette expédition militaire. Ses navires vont jeter l'ancre devant Pointe-à-l"Église. Murray note que les Acadiens se sont établis un peu partout sur les rives de la baie de Miramichi et que les familles acadiennes de Pointe-à-l"Église ont fuit dans les bois avec les Micmacs et leur missionnaire, le récollet Bonaventure Carpentier.(15) Murray et ses soldats cherchèrent pendant deux jours les Acadiens et les Micmacs mais ne les trouvèrent point. Ils n'en brûlèrent pas moins les maisons, les wigwams et l’église de pierre des récollets. Depuis ce jour de septembre 1758, le lieu porte le nom de Burnt Church. Dix ans plus tard, en 1768, le négociant jersiais Charles Robin vit, de sa goélette, les ruines de cette église, deux murs étant toujours debout.(16) Cette église de pierre témoigne de la longue tradition missionnaire française dans la baie de Miramichi, associée à l'ancienne seigneurie de Richard Denys de Fronsac. Après l'expédition militaire de Murray, les familles acadiennes seraient revenues s'installer près des côtes. Joseph Broussard dit Beausoleil y était toujours présent et, avec quelques hommes, continuait de harceler les troupes anglaises. Résistants actifs, Beausoleil et sa troupe capturèrent environ 17 petits navires britanniques dans les eaux du golfe Saint-Laurent à l'été de 1759. Mais cette résistance acadienne s"épuise et les Anglais, maintenant maîtres du territoire, rendent le combat inégal. Québec capitule en 1759.(17) À l'été de 1760, des Canadiens, Acadiens, Français et Micmacs livrent bataille aux Britanniques à Ristigouche, qui sera le dernier coup de canon tiré par la France pour sauver son empire d'Amérique. Après la défaite de la Ristigouche, que vont faire les Acadiens qui sont toujours présents dans la baie de Miramichi? Plusieurs d'entre eux décident de se rendre aux autorités militaires du fort Cumberland tandis que d'autres préfèrent demeurer sur place. En 1760, le commissaire français Bazagier notait quil y avait 35 familles à Miramichi, pour une population totale de 194.(18) L’année suivante, le commandement anglais ordonne aux Acadiens de la baie des Chaleurs et de Miramichi de déposer les armes et d'émigrer au Québec.(19) L'officier Grandpré de Niverville, qui avait succédé à Boishébert en 1760 comme commandant du poste de Miramichi, rendit les armes selon les termes de la capitulation de Québec.(20) Bon nombre de familles acadiennes n'obéissent pas à l’ordre de passer au Québec et persistent à occuper le territoire de ce qui est aujourd'hui le nord-est du Nouveau-Brunswick. James Murray est agacé par l'entêtement des Acadiens et il veut débarrasser "son" territoire de ces "Neutral French".(21) Il envoie un Français, Pierre du Calvet, effectuer un
L'heure n'est cependant pas à la négociation. À l'automne de 1761, le capitaine Roderick McKenzie et une cinquantaine de soldats Highlanders vont capturer les familles acadiennes de la baie des Chaleurs. Ils feront 787 prisonniers à Nipisiguit, Caraquet et Shippagan. Ceux de la région de Néguac durent encore une fois s'enfuir en forêt puisque Mckenzie ne trouva personne à Burnt Church alors qu'il souhaitait mettre la main sur Joseph Broussard dit Beausoleil. Le traité de paix de Paris de 1763 met officiellement fin à la guerre entre la France et la Grande-Bretagne. Le Canada devient une colonie anglaise et en juillet 1764 un décret royal de Londres permet aux Acadiens de revenir s'établir aux Maritimes.(25) Les familles acadiennes de Néguac peuvent maintenant vivre un peu plus paisiblement sur leurs nouvelles terres situées en Nouvelle-Écosse qui, à l’époque, englobe le territoire actuel du Nouveau-Brunswick. L'arrivée des pionniers britanniques dans la baie de Miramichi Très peu de documents font état des premières années d'histoire des hameaux qui donneront naissance au village de Néguac. Les quelques familles qui y vivent côtoient les Micmacs de Burnt Church. En 1761, un marchand anglais du nom de Gamaliel Smethurst s'y arrêta et logea dans une maison acadienne qui, semble-t-il, laissait fort à désirer puisqu'il la qualifia de "... poor Frenchman"s hut".(26) Smethurst y rencontra Beausoleil qui lui donna une bouteille de rhum et de la farine. Beausoleil ne resta pas à Néguac et connu encore plusieurs mésaventures. Avec sa famille, il alla terminer ses jours dans une nouvelle Acadie qui prenait naissance en Louisiane où il est décédé en 1765.(27) Le visage acadien de la baie de Miramichi aurait pu être très différent si un projet du marchand jersiais Jacques Robin avait été mis à exécution. En effet, en 1763, Robin voulait établir à Miramichi des Acadiens déportés en France qui auraient pêché pour le compte de son entreprise de pêche. Hostile à une présence française dans une région éloignée de sa province, le lieutenant gouverneur de Nouvelle-Écosse, Montagu Wilmot, s'y opposa catégoriquement.(28) C'est en Gaspésie que Robin ira installer "ses" Acadiens. Si une concession de terre dans la baie de Miramichi fut refusée à Robin, les Écossais William Davidson et John Cort furent plus chanceux. En octobre 1765, Halifax leur accordait
100 000 acres dans la Miramichi.(29) Ces entrepreneurs écossais souhaitaient y établir des postes de pêche à grande échelle. D'autres pionniers des îles britanniques débarquaient à Miramichi, ce qui allait radicalement transformer l’occupation du sol à l’embouchure de la rivière du même nom car il faut souligner que des familles acadiennes habitaient encore à l’embouchure de cette rivière dans les années 1760-1770. De ses nouveaux postes de Gaspésie, Jacques Robin venait commercer à Miramichi et en 1767 il y échangea avec des Acadiens de la région, des produits de ses entrepôts pour des fourrures et 105 quintaux de morue.(30) Un navire de Boston s'y trouvait également et achetait du saumon. Déjà, les Américains appréciaient le célèbre saumon de la Miramichi ... Mais cette présence acadienne à Miramichi commençait à s’effriter. Il est possible que des frictions entre le marchand William Davidson et certains pionniers acadiens soient survenues suite à des discussions au sujet de titres de propriétés. De plus, les années 1770 furent assez orageuses dans la baie de Miramichi. Lorsque éclata la guerre d'indépendance dans les jeunes États-Unis dAmérique en 1775, les Micmacs étaient officiellement neutres mais plusieurs prirent le parti des Américains. Ainsi, en 1775, des Amérindiens incendient des édifices et volent du bétail appartenant à William Davidson et John Cort.(32) Les établissements de Davidson sont même attaqués par des corsaires américains qui s’en prenaient aux possessions britanniques dans le golfe Saint-Laurent.(33) Le gouvernement colonial de Halifax intervient afin de pacifier la baie de Miramichi et en 1779, le navire de guerre "Viper" entra dans la baie et confronta les Micmacs rebelles. Le chef amérindien Caiffe ou Cive qui avait dirigé les raids contre les propriétés de Davidson dut fuir dans les bois avec ses fidèles alors que les militaires britanniques négociaient une paix avec un nouveau chef, John Julian.(34) Cette famille Julian ou Julien allait fournir plusieurs chefs micmacs tout au long du 19e siècle. Si les établissements britanniques de la Miramichi furent pillés pendant la durée de la guerre d'indépendance américaine, les hameaux acadiens de Néguac semblent avoir été épargnés. Otho Robichaud était co-propriétaire d'une goélette, la "Julia", qui fut saisie par des Américains dans la baie des Chaleurs en août 1780.(35) Dur coup sans doute pour ce marchand acadien qui ne se découragea certes pas puisque l’année suivante Otho Robichaud achetait une propriété de Pierre Loubert (son cousin par alliance) à Néguac et allait devenir l'Acadien le plus influent du nord de la province. Le traité de Paris de 1783 reconnaissait l’indépendance des États-Unis et annonçait le retour à la paix pour la région de Miramichi. Avec la paix arrivaient aussi des milliers de Loyalistes qui abandonnaient les anciennes Treize Colonies et venaient recommencer leur vie aux Maritimes. C'est pour eux qu'en 1784 Londres créa une nouvelle province, le "New Brunswick", en détachant ce territoire de la Nouvelle-Écosse. Nous verrons plus loin comment les Loyalistes ont contribué à freiner l’expansion du village de Néguac tout en favorisant l'intégration de certaines familles du lieu dans la structure administrative de l'époque. Les familles pionnières de Néguac: une brève histoire Cette section est consacrée à une douzaine de familles de langue française qui ont donné naissance au village actuel de Néguac. Le choix de ces familles a été guidé par leur présence dans le recensement provincial de 1851 de la paroisse civile d'Alnwick. Une seule des douze familles retenues n'y figure pas; il s'agit des LeBreton qui pourtant vivaient à Néguac dans la première moitié du 19e siècle. Les recensements de l’époque n'étaient pas sans présenter certaines failles que de nombreux historiens ont soulevées depuis. Il est possible que le recenseur Colin McDougall d'Oak Point (Pointe-du-Chêne), qui effectua le recensement du haut de la paroisse civile d’Alnwick en 1851, omit tout simplement d'inscrire les LeBreton. Ce recensement de 1851 est le premier document connu qui présente un état assez détaillé de la population de Néguac. Des familles présentes aujourd'hui à Néguac comme les Roussel, les Saint-Coeur ou les Vienneau ne vivaient pas encore au village. On les retrouve dans la région de la Rivière-du-Portage et c'est dans la deuxième moitié du 19e siècle que certains de leurs membres élurent domicile à Néguac. Exception faite des Latulippe et des LeBreton, toutes les familles pionnières de Néguac étaient en Acadie depuis le 17e siècle. Cette homogénéité dans l'origine de ses pionniers fait de Néguac le village le plus acadien de la Péninsule dans la première moitié du 19e siècle, particularité partagée seulement par le haut de Caraquet. La liste des familles retenues n'est donc certes pas exhaustive, pas plus que les brèves histoires de familles qui suivent. Cette section veut tout simplement identifier le premier couple de chaque nom à s'établir dans le village et préciser leur lieu d'origine. Il importe de souligner que les descendants et descendantes de ces douze familles composent actuellement la très grande majorité de la population de Néguac. Le premier de ce nom à Néguac fut Michel Allain, né en 1754 dans la paroisse de Saint-Charles-des-Mines à Grand-Pré, du mariage de Louis Allain et d’Anne Léger. Il suivit son père lors du Grand Dérangement et vécut à Cocagne, dans les camps de réfugiés acadiens à Miramichi, à Ristigouche, à Caraquet et fut prisonnier au fort Cumberland en 1763. C'est lors de ces déplacements qu'il rencontra les Breau et les Savoie qu'il rejoignit à Néguac vers 1769. Il épousa en 1786 Marie Josephète (Josette) Savoie, fille de Jean Savoie et d’Anne Landry, pionniers de la Rivière-des-Caches. La même année, en 1786 Michel Allain avec les Breau et les Savoie fit une demande de terre à Néguac, concessions qu’ils reçurent en 1794. Ce fut Michel qui donna une partie de ses terres pour la construction de la première chapelle à Néguac, au tournant du 19e siècle, sur un site que la mer a depuis repris. Les missionnaires catholiques ne tarirent pas d'éloges à l'endroit de Michel Allain et de son épouse Josephète Savoie. Michel Allain décéda en 1827 à l'âge de 74 ans. Ses descendants furent des acteurs et des actrices de toute première importance dans le développement culturel, politique et socio-économique de Néguac. Breau Ambroise Breau naît à Port-Royal en 1705 de Jean Breau et d'Anne Chiasson. C'est également à Port-Royal qu'il épouse en 1726 Marie-Anne Michel. À la suite de plusieurs familles acadiennes, le couple Breau-Michel décide de quitter l’Acadie anglaise et vient s'établir à Chipoudy, alors dans le territoire qu'on identifie sous le nom d'Acadie française. Lorsque survint le Grand Dérangement, les Breau se retrouvent à Miramichi puis à Bas-Néguac. Le recensement de 1761 de Pierre du Calvet note la présence de leurs deux jeunes fils, Joseph et Victor, dans la baie de Miramichi. Ambroise Breau sera le pionnier de Bas-Néguac avec au moins trois de ses enfants, Anastasie, Victor et Anselme. Victor et Anselme seront de la première requête de terre de Néguac en 1786. Comeau Même si des membres de la famille Comeau se sont mariés à Néguac au tournant du 19e siècle (Athanase Comeau à Madeleine Thibaudeau, Etienne Comeau à Anne Thibaudeau, deux mariages célébrés en 1798), il semble que c'est dans la région de Tracadie que cette famille acadienne choisit de s'établir à cette époque. Les premiers Comeau résidant dans la région de Néguac apparaissent, pour la première fois, selon mes recherches, dans le recensement provincial de 1851. Ce sont Augustin et Israël Comeau, probablement deux frères originaires de Tracadie, qui sont à l'emploi du marchand Roderick McLeod de Tabusintac où ils logent. Israël Comeau choisit de vivre à Néguac quelque temps après car il épouse Olive Breau en 1858 et, en 1861, le recensement les situe à Néguac avec leur famille. Les Comeau de Néguac sont les descendants des Comeau de la Rivière-aux-Canards de Grand-Pré où ils vivaient en 1755. Leurs ancêtres seraient Alexis Comeau et Anne Pothier qui vinrent terminer leurs jours dans la région de Tracadie à la fin du 18e siècle. Godin Une autre famille acadienne, les Godin, s'installent dans la paroisse civile d'Alnwick vers les années 1840. Régis Godin et sa famille sont recensés en 1851 et vivent à la Rivière-duPortage. En 1853, ce Régis Godin y reçut 60 acres de terre en concession. Une autre souche de Godin nous éclaire plus sur l'origine de cette famille. Il s'agit d'Hubert Godin, fils de Romain Godin et de Vitaline Robichaud. Son père, Romain, était de Caraquet et sa mère était une Robichaud de Néguac, fille de Louis Robichaud et d’Anastasie Poirier. Hubert Godin épouse Véronique Caissie à Néguac en 1877. En 1871, dans le recensement provincial, il vit à Néguac, dans la maison de sa grand-mère, veuve de Louis Robichaud, avec ses oncles Prudent et Agapit Robichaud et leur famille respective. Cet Hubert Godin est le grand-père de Mgr Edgar Godin, évêque de Bathurst de 1969 à son décès survenu en 1985. Latulippe Famille d'origine québécoise, les Latulippe de Néguac ont pour ancêtre Nicolas Latulippe, fils de Nicolas et Marie-Anne Bilodeau de Charlesbourg. En 1819, Nicolas Latulippe était à Caraquet où il épouse Marie-Angélique Landry, de Grande-Anse, petite-fille d'Alexis Landry, pionnier de Caraquet. Marie-Angélique avait épousé en premières noces un Acadien de Néguac, en 1808, Joseph Breau, fils d'Anselme Breau et d'Anastasie Arsenault. Latulippe vint probablement à Néguac avec l'abbé Joseph-Édouard Morissette, missionnaire desservant Néguac de 1815 à 1818. Nicolas Latulippe s'intégra assez bien dans la communauté de Néguac puisqu'il fut élu marguillier de 1842 à 1848. Au recensement de 1851, il était décédé; sa veuve, Marie Angélique, vivait avec la famille de leur fils Amateur. LeBlanc Famille acadienne dont certains descendants portent aujourd'hui le nom anglicisé de White. C'est sous ce nom qu'on retrouve Thomas "White" et son épouse "Mary" Savoie dans le recensement de 1851. Le premier de ce nom à Néguac fut sans doute Thomas LeBlanc "White", fils d'Édouard LeBlanc et de Marie-Angélique Ethrington. Thomas épousa Marie Rebecca Savoie en 1818, fille de Joseph Savoie et Marguerite Bujold. Le père de Thomas, Édouard, était le cousin d'Otho Robichaud sa mère, Marguerite, étant la soeur de Louis Robichaud, père d'Otho. Un autre LeBlanc fut aussi présent à Néguac au 19e siècle mais ne laisse pas de descendants. Il s'agit de Nicolas LeBlanc, fils de Germain LeBlanc de Saint-Louis de Kent. Germain LeBlanc et son épouse, Esther Babineau, avaient une ferme assez prospère à Saint-Louis et en 1845 Germain fonda une société d'agriculture dans son village. Nicolas reproduisit en quelque sorte la notabilité de son père puisque à Néguac, il fut un fermier bien nanti en plus d'être commerçant, juge de paix et secrétaire de la commission scolaire de l'endroit. Il épousa Olizine Allain, fille de Louis Allain et de Marguerite Cooke. Le couple fut sans enfant mais en éleva plusieurs. LeBreton Le premier de ce nom à Néguac fut sans doute Charles LeBreton. Même si son nom ne paraît pas au recensement d'Alnwick de 1851, il vit à Néguac depuis plusieurs années car d'autres documents attestent sa présence. Il reçut ainsi une concession de terre de 100 acres dans la région de Fairisle en 1849. Il est probable qu'il vivait à Tracadie avant de se fixer à Néguac puisque les registres paroissiaux tracadiens font état en 1858 du mariage de Charles LeBreton de Néguac et de Vitaline Martin du même endroit. Les LeBreton étaient présents à Tracadie depuis la fin du 18e siècle. On retrouve Charles LeBreton comme milicien à Néguac en 1850 dans la compagnie du capitaine de milice Louis Robichaud. Un Laurent LeBreton y est aussi mentionné comme milicien. Ce Laurent LeBreton, peut-être le frère de Charles, est également l'ancêtre d'une partie des LeBreton de Néguac. Il épousa Judith Thibodeau à Tracadie en 1855. Les LeBreton de la région comptent ainsi deux familles souches à Néguac. Martin Les Martin de Néguac sont descendants de Jean-Baptiste Martin et de Marie Brun de Port-Royal qui s'y sont mariés en 1732. Le Grand Dérangement transporta leurs enfants dans diverses directions mais celui qui intéresse Néguac s'appelait Amant Martin qui avait épousé Agathe Lejeune. Amant Martin vivait avec sa famille à la rivière Saint-Jean où le recensement de 1783 décrit sa propriété comme étant considérable et Amant comme étant loyal aux Britanniques, leur ayant même fourni des renseignements. L'arrivée des Loyalistes force l'émigration des familles acadiennes de la Saint-Jean et la famille d’Amant Martin se retrouve à la rivière Barnaby à la fin du 18e siècle. On retrouve Jean-Baptiste Martin, à Néguac ou il y épouse Marguerite Savoie en 1831. En 1842, Jean-Baptiste Martin recevait 100 acres de terre à Néguac. Au recensement de 1851, on peut dénombrer quatre familles de Martin au village. Selon l'historienne Corinne LaPlante, cinq petits-fils d'Amant Martin se seraient établis au village, soient, Anselme, Guillaume, Jean-Marie, Jean Baptiste et Urbain Martin. Poirier Les Poirier de Néguac sont parents avec ceux de Caraquet puisque le premier de ce nom au village fut Bruno Poirier né à Caraquet en 1794, fils de Joseph Poirier et de Charlotte Légère. En 1820, il épouse Marie-Jeanne Robichaud, fille de Otho Robichaud et de Marie-Louise Thibodeau. Il déménagea au village de son épouse quelque temps après puisqu'on le retrouve sur une liste des paroissiens de Néguac en 1834. Le recensement de 1851 le dit veuf et il vit avec ses trois enfants et son neveu Xavier Robichaud. Cette famille de Poirier a plus d'un lien avec Néguac puisque entre 1818 et 1822, trois frères de Bruno ainsi que sa soeur Anastasie vont épouser des enfants d'Otho Robichaud. Ces cinq mariages cimenteront une longue tradition d’alliances matrimoniales entre les deux communautés. Robichaud L'ancêtre Otho Robichaud, né à Port-Royal en 1752, était fils de l'influent marchand acadien Louis Robichaud et de Jeanne Bourgeois, fille du marchand acadien Germain Bourgeois et de Marie-Madeleine Dugas. En 1755, la famille Robichaud est déportée à Boston, à la demande de Louis qui était bien vu des autorités britanniques de la Nouvelle-Écosse. À Boston puis à Cambridge, Otho fut élève des écoles anglaises alors que sa famille entretenait de bonnes relations avec celle d'Edward Winsl'ow, qui allait devenir l'un des chefs de file des Loyalistes du Nouveau-Brunswick. En 1775, la guerre d"indépendance des États-Unis survient et la famille Robichaud accompagne ses amis loyalistes à Québec. Otho Robichaud ne demeure pas à Québec mais revient en Acadie. Il vit peut-être à East Passage, près de Halifax (1778), puis à Néguac où il achète une propriété en 1781. Sa soeur Vénérande continua de résider à Québec et sa volumineuse correspondance avec sa famille, ses amis et ses partenaires en affaires constitue un riche corpus documentaire sur l'histoire acadienne de la fin du 18e et début du 19e siècle. Otho Robichaud fut sans aucun doute avec Joseph Gueguen, pionnier de Cocagne, l'un des Acadiens le plus influent de son époque. En 1789, il épousa Marie-Louise Thibodeau, fille d'Alexis Thibodeau et de Marie Dupuis de la Baie-du-Vin. Il est décédé en 1824 à l'âge de 72 an. Savoie Néguac, qui se veut la capitale mondiale des Savoie, vit arriver les premiers de ce nom sur son territoire vers 1757. Né à Port-Royal en 1710, Jean Savoie épousa Anne Landry en 1735. En 1755, le couple vivait à Chipoudy et avait six garçons et trois filles. La Déportation les força à fuir à la Miramichi durant l'hiver 1756-1757. Cette même année la famille Savoie vint s'établir à la Rivière-des-Caches et devint la première famille acadienne pionnière de Néguac. En 1794, Anne Landry, veuve de Jean Savoie reçut des terres à Néguac en compagnie de ses fils Jean et François. En 1909, un article du Moniteur Acadien déclarait que la famille Savoie était la plus nombreuse à Néguac. Encore aujourd'hui, un rapide coup d'oeil dans le bottin téléphonique témoigne de la forte présence des Savoie à Néguac, "leur" capitale. Thibodeau La famille Thibodeau de Néguac a comme ancêtre Castin Michel Thibodeau, fils de Joseph Thibodeau et de Marguerite LeBlanc de la Baie-du-Vin. Il épouse Geneviève Allain, fille de Michel Allain et de Marie-Josephète Savoie à Néguac en 1807. En 1839, un Michel Thibodeau recevait 50 acres de terre à Fairisle. Au recensement de 1851 Michel et son épouse Geneviève sont dits malades et vivent dans la demeure de leur fils Télésphore. Les Thibodeau vivaient à la Baie-du-Vin et y
reçurent des concessions de terre au début du 19e siècle. Les nombreuses alliances matrimoniales entre cette famille et des familles de Néguac illustrent les fréquents échanges qu'entretenaient les deux villages au tournant du 19e siècle.
* La mère du Marquis de Vaudreuil était Louise Elizabeth de Joybert, marraine de Louis Denys, fils de Richard Denys de Fronsac et de Françoise Cailleteau, baptisé à Québec en 1691. * Une brève histoire des familles pionnières de Néguac est présentée dans la dernière partie de ce chapitre. 1. John G. Reid, (1988), p. 34. 3. Patricia Gallant, (1988), p. 18-20. 4. Cedric L. Haines, (1979), p. 6. 6. Arthur Gallien (1963), p. 6. 7. Cedric L. Haines. (1979), p. 7 8. Ibid, p. 8 9. Régis Brun, (1970), p. 278. 10. Fidèle Thériault, (1991), p. 20-21. 11. Arthur Gallien, (1963), p. 6 12. Ibid, p. 6-7. 13. Ronnie-Gilles LeBlanc, (1986), p. 54-55. 14. W.F. Canong, (1914), p. 301-302. 15. Ibid, p. 303. 16. Bernard Pothier (1979), p. 78 17. W.S. MacNutt, (1968), p. 50. 18. Régis Brun, (1970), p. 265. 19. Cedric L. Haines, (1979), p. 13-14. 20. Ronnie-Gilles LeBlanc, (1986), p. 55. 21. Régis Brun, (1970), p. 290. 22. Ibid, p. 300-301. 23. Ibid, p. 302. 24. Ronnie-Gilles LeBlanc, (1986), p. 56. 25. Cedric L. Haines, (1979), p. 22. 26, W.F. Ganong, (1905), p. 376. 27. Ronnie-Gilles LeBlanc, (1986), p. 57 et Carl A. Brasseaux, (1987), p. 46. 28. Mason Wade, (1975), p. 44. 29. W.H. Davidson, (1947), p. 15. 30. Mason Wade, (1975), p. 48. 31. Idem. 32. W.D. Hamilton, (1984), p. 6. 33. W.S. MacNutt, (1968), p. 82-85. 34. W.D. Hamilton, (1984), p. 7. 35. Fidèle Thériault, (1990). 36. Corinne LaPlante, (1985), p. 14. 37. Raymonde Blanchard (1975), p. 5. 38. Donat Robichaud, (1983), p. 14 39. Corinne LaPlante, (1985), p. 14. 40. Donat Robichaud, (1983), p. 14. 41. Nicole Breault-Marquis, p. 1. 42. Régis Brun, (1970), p. 300, 43. Nicole Breault-Marquis, p. 1 44. Corinne LaPlante, (1985), p. 14. 45. Maurice Basque (et al), (1984a), p. 16. 46. Recensement de 1851, p. 13. 47. Recensement de 1861, p. 50. 48. Éloi Comeau, (1973), p. 31. 49. Maurice Basque (et al), (1984a), p. 16. 50. Recensement de 1851, p. 16. 51. Raoul Dionne, (1989), p. 236. 52. Fidèle Thériault, (1985), p. 238. 53. Recensement de 1871, p. 102. 54. Donald J. Morrison, (1985), p. 24. 55. Éloi DeGrâce, (1990b), p. 56. 56. Fidèle Thériault, (1985), p. 269. 57. Éloi DeGrâce, (1990b), p. 56. 58. Recensement de 1851, p. 4. 59. Ibid, p. 7. 60. Fidèle Thériault, (1990). 61. Index des mariages de Néguac, (1980), p. 55. 62. Corinne LaPlante, (1985), p. 25. 63. L-Cyriaque Daigle, (1948), p. 53. 64. Corinne LaPlante, (1985), p. 25-26. 65. Raoul Dionne, (1989), p. 236. 66. Index des mariages de Tracadie, (1978), p. 68. 67. Maurice Basque (et al) (1984a), p. 17-18. 68. Fidèle Thériault, (1990). 69. Index des mariages de Tracadie, (1978), p. 69. 70. Gérald Martin (1980), p. 74. Au sujet des origines de la famille Martin en Acadie, voir Stephen White, (1990), p. 22-24. 71. Marie-Claire Pitre (et al), (1985), p. 158. 72. Gérald Martin, (1980), p. 74. 73. Index des mariages de Néguac, (1980), p. 62. 74. Raoul Dionne, (1989), p. 235. 75. Recensement de 1851. 76. Fidèle Thériault, (1985), p. 416. 77. Fidèle Thériault, (1990). 78. Recensement de 1851, p. 5. 79. Donat Robichaud (1967), p. 170-171. 80. Fidèle Thériault (1990). 81. Ibid. 82. Régis Brun, (1984). 83. Cedric L Haines, (1987), p. 719. 84. Raymonde Blanchard (1975), p. 6. 85. Raoul Dionne, (1989), p. 229. 86. Moniteur Acadien, 23 septembre 1909. 87. Index des mariages de Néguac, (1980), p. 109. 88. Raoul Dionne, (1989), p. 233. 89. Recensement de 1851, p. 5. 90. Raoul Dionne, (1989), p. 230 | |||||
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AHCN - 2010-10-04 | |||||