Notre histoire ... notre patrimoine

 

 

Chapitre 3

L'OCCUPATION DU TERRITOIRE ET L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE

Les premiers établissements

Dans la deuxième moitié du 18e siècle, à leur arrivée dans la région de Néguac, les familles pionnières vont occuper des terres riveraines situées tout près de cours d'eau, tel les Savoie à la Rivière-des-Caches et les Breau au ruisseau Néguac. Ces Acadiens étaient à la recherche de marais salants dont les foins constituaient la principale source d'alimentation de leur bétail. Cet environnement leur était très familier car depuis le 17e siècle, en utilisant la technique des aboiteaux, la population acadienne exploitait les marais, base de leur prospère économie agricole.

La région de Néguac offrait une série de marais propice à l'exploitation des foins. De plus, la proximité de la mer et de ses richesses naturelles était essentielle pour les Acadiens de la période post-Déportation puisque ceux-ci devaient se consacrer majoritairement au métier de pêcheur, souvent au détriment de celui d'agriculteur.

Les premières terres occupées à Néguac sont indiquées sur une carte du cartographe F.W. Desbarres de 1771. Le hameau de Bas-Néguac y est aisément identifiable. En se logeant ainsi près des côtes, les familles avaient la possibilité de posséder une grave, terrain plat en bordure de l'eau, qui permettait de faire sécher la morue sur des vigneaux pour la vendre par la suite aux représentants de compagnies comme les Robins.

Maison de Louis Robichaud, construite vers 1830. La demeure de Louis Robichaud était sans doute l'une des plus confortables du village qui compte encore aujourd'hui plusieurs demeures dont la construction remonte à la première moitié du 19e siècle. La maison de monsieur Arisma Robichaud, située près de la Rivière-des-Caches, possède encore une vieille cave où l'on peut voir une fondation de billots de cèdre équarris à la hache qui remonte aux années 1840.

Ce qui caractérise le paysage de Néguac dans la première partie du 19e siècle est un égrènement de maisons, leur façade principale tournée vers la mer. Cette caractéristique était dominante à l'époque dans les autres villages de la Péninsule acadienne, après les deux premières générations de familles pionnières. Les vieilles maisons de Néguac font encore face à la mer, comme celle de Louis Robichaud (1791-1869), construite dans la première partie du siècle dernier.

Cette demeure, propriété de monsieur Azade Godin, est sans aucun doute l'une des plus anciennes du village. Son ancienne porte principale est résolument tournée vers la mer, alors que la porte de la nouvelle partie ajoutée plus récemment à la maison fait face à la route. Les premières concessions de terre accordées à des Acadiens de Néguac, comme celle de 1794 à Otho Robichaud et à huit autres habitants de l'endroit, reflètent la nécessité d'obtenir un lot de terre avec une devanture maritime.

De son côté, l'île aux Foins sera à l'origine de nombreuses transactions foncières car son potentiel pour les pêcheries et pour son foin comme son nom l'indique sera bien apprécié par les Acadiens du lieu. En 1794, cinq habitants de Néguac l'avaient obtenue en concession, dont Michel Allain et Otho Robichaud. L'année suivante, en 1795, Jean Savoie achetait un lot de terre de l'île de Michel Allain alors qu'en 1818, François Savoie faisait l'acquisition d'un autre lot sur l'île, propriété cette fois de Joseph Savoie et de Michel Allain. L'île aux Foins est aujourd'hui un parc provincial et abrite un sanctuaire d'oiseaux.

Au tournant du 19e siècle, trois zones du village sont les sites privilégiés de l'occupation du territoire par les familles acadiennes. L’embouchure de la Rivière-des-Caches et Bas-Néguac sont les deux premières zones d'occupation remontant à la fin des années 1750 et début 1760, alors que le centre du village actuel accueillera entre autre la famille de Michel Allain, notable acadien du lieu, ainsi que celle d'un autre notable de Néguac, Otho Robichaud. C'est dans cette zone centrale que sera érigée la première chapelle vers 1800 et la première église dans les années 1840, sur des terres données par la famille de Michel Allain.

Ces zones ne constituent pas les seules aires d'occupation des familles au tournant du 19e siècle. L'embouchure de la rivière Tabusintac, fréquentée par les Micmacs depuis des millénaires, va connaître une présence acadienne vers la fin du 18e siècle avec la venue des Breau et des Savoie. Toutefois, l'arrivée de colons anglophones vers 1798 va transformer la composition ethnique de la région de Tabusintac. La population du village sera à majorité de langue anglaise au tout début du 19e siècle. En s'établissant à Tabusintac, ces pionniers anglophones ont maille à partir avec les Micmacs qui résident toujours dans la région. Les Micmacs sont accusés de laisser leurs chiens tuer le bétail des nouveaux arrivants tandis que les Amérindiens refusent le droit de passage sur leurs terres aux Anglophones. Afin d'assurer le respect de leurs droits sur leur terres ancestrales, les Micmacs de Tabusintac feront parvenir une requête au gouverneur du Nouveau-Brunswick, Thomas Carleton, lui demandant des titres de propriété sur ces mêmes terres. Les Micmacs voulaient ainsi empêcher les colons de langue anglaise d'occuper toutes les bonnes terres du lieu, surtout celles qui facilitaient la pêche à l’anguille. Fredericton répondit favorablement à la requête des Micmacs et en 1802 ils reçoivent une concession de 9,035 acres sur la Tabusintac et 240 acres sur la pointe de Burnt Church, ainsi que 4 000 acres sur la rive sud de la rivière Burnt Church. Cette concession est à l'origine de l'actuelle réserve amérindienne de Burnt Church.

La présence de Loyalistes et d'autres colons de langue anglaise à Tabusintac mit un sérieux frein à l'expansion acadienne vers l'est de Néguac. Certaines familles acadiennes installées à Tabusintac retournèrent même à Néguac entre 1810 et 1830. Même si l'évêque Plessis de Québec nota dans son journal de voyage en 1812 que les Acadiens défrichaient des terres à Tabusintac, cette poussée fut de courte durée. La piètre qualité de ces terres est souvent évoquée comme la raison principale du retour à Néguac. Ce fut le cas de Jean Magloire Savoie qui, en 1820, demandait une concession de terre à Néguac laissant derrière lui le lot de terre qu'il avait défriché à Tabusintac. Les terres de ces Acadiens furent rachetées par les nouveaux arrivants anglophones. Charles Savoie vend un lot sur la rivière Tabusintac à Roderick McLeod en 1816, alors que Jérome Savoie avait déjà cédé un marais à John McLeod en 1811.

Néguac grandit

Si l'expansion vers la rivière Tabusintac est bloquée par la présence d'un village anglophone en formation, le "front" de l'ouest est également verrouillé. Les Micmacs sont maintenant à Burnt Church avec une concession de terre de Fredericton. De plus, un autre village anglophone est en train de se former à Burnt Church. Depuis la fin des années 1780, des pionniers de langue anglaise tels les Anderson, Davidson, Loggie et Morrison demandent et reçoivent des terres à Burnt Church et dans la région de Oak Point. Des Acadiens vivaient dans ce lieu d'Oak Point ou Pointe-au-Chêne. Ce fut le cas de la famille d'Aman Savoie, fils de Jean Savoie et d’Anne Landry. Ses parents, ses frères et ses soeurs étaient des pionniers de la Rivière-des-Caches, alors que lui construisit sa demeure à Pointe-au-Chêne. Aman Savoie fut décrit par le marchand écossais William Davidson comme l'Acadien le plus industrieux de la région. Savoie fut titulaire de plusieurs postes d'officier de la paroisse civile d'Alnwick et en 1799 il acheta un moulin à farine à la Rivière-aux-huîtres (Oyster River). Aman Savoie décéda vers 1811 et sa veuve Anastasie Breau reçu le bien familial à Pointe-au-Chêne alors que ses enfants obtinrent des terres à Burnt Church et Néguac en plus d'équipements de pêche.

L'exemple de la famille d'Aman Savoie à la Pointe-duChêne est un cas particulier. Cette région devint Oak Point, donc très majoritairement anglophone, privant en quelque sorte les jeunes couples acadiens de Néguac d'aller chercher des terres dans cette zone de peuplement. Il restait l'arrière pays. Vers 1830, des Acadiens de Néguac reçoivent les premières concessions de terre dans les "rangs". De nouveaux noms apparaissent comme le Canton des Robichaud, ou encore Fairisle, qui doit son nom à un groupe de familles écossaises originaires de Fair-Isle en Écosse. Ils débarquèrent à Néguac en 1862, reçurent des terres mais ne s'y fixèrent pas. Fairisle connaissait la présence d’Acadiens depuis la fin des années 1830. Pierre Allain y reçu une terre de 98 acres en 1838, Michel Thibodeau, une de 50 acres en 1839, Michel Allain, un lot de 50 acres la même année, alors que Télésphore Robichaud y obtenait 100 acres en 1842.

L'occupation du territoire de la région se poursuivit sur une plus grande échelle dans la deuxième moitié du 19e siècle. Le district du "Chemin des Caissie" fut ouvert par Moïse Caissie vers 1860. En 1902, sa famille est dite très à l'aise dans ce lieu qui ne compte à l'époque que quatre maisons. La venue d'un prêtre colonisateur d'origine québécoise, l'abbé Wilfrid Lagacé, provoqua une vague de colonisation à Néguac au tournant du 20e siècle. Les autres villages de la Péninsule acadienne ne furent pas indifférents au discours de la colonisation véhiculé par l'élite clérico-professionnelle acadienne du temps. Trois nouvelles paroisses civiles seront créées dans la Péninsule suite à ces vagues de colonisation, soit Saint-Isidore en 1881, Paquetville en 1897 et Allardville en 1946. La paroisse civile d'Alnwick ne sera pas étrangère à ce phénomène car elle comptera de nouvelles paroisses religieuses.

Des nouvelles paroisses

L'abbé Lagacé va compter un allié influent en la personne de Guillaume Allain de Néguac, député du comté de Northumberland à Fredericton de 1910 à 1917. Ces deux hommes fondent la "North Shore Colonization Company Ltd." qui obtient 4 000 acres de terre pour y installer des colons, en plus de recevoir la permission d'y construire une scierie pour employer les hommes qui viendront s'y établir. C'est ainsi que sera fondée la paroisse de Lagacéville dont l'abbé Wilfrid Lagacé sera le premier curé en 1908.

Quelques années plus tard, les "blocs" de terre de Saint-Wilfred seront également ouverts ainsi que ceux d'Allainville, nommé bien sûr en l'honneur du député Guillaume Allain et ceux de Lavillette.

Les familles pionnières de ces nouveaux districts n'étaient pas toutes originaires de Néguac. Certaines viendront de Tracadie et de Caraquet, ainsi que du sud-est de la province, alors que d'autres viendront de Gaspésie, comme les Legresley, Savard, LaPointe et Bouchard. La vie était très dure dans les nouveaux rangs et plusieurs de ces familles ne firent pas long feu dans leur nouvelle région. L'arrière-pays de Néguac comptait maintenant de nouvelles paroisses religieuses et leur histoire, même si elle ne sera pas abordée dans ce livre, est intimement liée à celle de Néguac.

Prospectus de la "North Shore Colonization Company Ltd."

  • Source: Corinne LaPlante (1981), p. 30

Évolution démographique

Lorsque les premières familles acadiennes arrivent à la Rivière-des-Caches vers 1757, leur population se chiffre à quelques dizaines de personnes. Vingt ans plus tard, une requête de terre rédigée sans doute par le marchand Otho Robichaud, en 1786, fait état d'une population d'une dizaine de familles dans la région de Néguac soit environ 60 personnes. Au début du 19e siècle, l'évêque Denaut de Québec, en visite pastorale au village en 1803, y estimait le nombre de fidèles à 80 alors que l'abbé Thomas Cooke fait état de 13 familles acadiennes à Néguac en 1819.

L'examen de la croissance démographique du village de Néguac n'est pas simple puisque les unités d'évaluation de la population varient selon les sources consultées. Qu'entendait-on par Néguac à l'époque? Était-ce l'ensemble des hameaux qui formeront le village? Ou encore la paroisse religieuse Saint-Bernard de Néguac qui englobait un plus grand territoire? Deplus, la municipalité de Néguac, créée en 1967, donna naissance à une autre unité de recensement à l'intérieur même de celle de la paroisse civile d'Alnwick, érigée, rappelons-le, en 1786. Même si la paroisse civile d'Alnwick regroupe plusieurs villages dont le plus important est Néguac, les données de recensement de cette unité ont été utilisé pour présenter, en chiffres, l'évolution de la population du territoire. Les données disponibles sont ceux des recensements provinciaux de 1824, 1840, 1851 et 1861 et les chiffres des recensements fédéraux effectués de 1871 à 1986. Au recensement de 1986, la municipalité de Néguac comptait 1754 personnes.

La paroisse civile d"Alnwick a conservé ses mêmes frontières depuis 1814, date à laquelle Fredericton crée la paroisse civile de Saumarez, détachée d'Alnwick et dont le centre sera Tracadie. Le tableau qui suit démontre une évolution lente mais constante de sa population.

Population de la paroisse civile d'Alnwick: 1824-1961

Année de recensement Population

1824 618

1840 1027

1851 1603

1861 2150

1871 2393

1881 2646

1891 2960

1901 3334

1911 3893

1921 4333

1931 4429

1941 5248

1951 6105

  1. 7065

  • Source: Recensements Canada

La population de la réserve micmaque de Burnt Church se chiffrait à un peu plus de 860 personnes en 1990. Voici un état de leur population en 1861 tel que décrit par le recenseur Duncan Morrison.

Chefs defamille Hommes Femmes

GENISH, Joseph 3 4

BARTILOGUE, Thomas 4 2

CLOUD, Peir 4 3

WHITNY, Thomas 1 3

PER PAUL, Lewis 1 1

PEIR PAUL, San 1 2

PEIR PAUL, Baseil 4 1

DE DANN, John 1 1

PEIR PAUL, Cain 2 3

GENISH, Sabatis 6 1

GENISH, Thomas 1 3

GENISH, Cain 3 3

THOMAS, Francis 3 1

BREW, Milos 2 1

SACK, Newel 3 4

GENISH, Isabell 2 3

JOSEPH, Thomas 2 1

QUASH, San 2 2

MALLY, Newel 1 4

CAIN GENISH, Thomas 1 1

CAIN, Mitchell 2 1

CAIN, Newel 3 6

GENISH, John 1 1

DE DAM, Pelo 5 5

JULIAN, Sack 1 1

JULIAN, Newel 1 2

BONEPARTE, ? 1 4

MATUE, Pier 3 2

MATUE, Newel 1 1

JOSEPH, Thomas 2 4

PAUL, Stephen 3 1

CLOUD JR., Peir 4 1

FRASER, Thomas 1 7

DEBOSE, Mitchell 5 1

DEBOSE, Philip 1 1

MARTIN, Nicles 2 1

MARTIN, San 1 1

MATUE, San 4 3

CACHILL, Mary 0 3

GENISH, Newel 3 3

GENISH, San 3 3

THOMAS, Francis 1 1

COON ABILL, Cain 2 1

COON ABILL, Balip 2 3

ARDNO, Lewis 2 2

ARDNOW, Newel 2 2

COON ABILL, Teno 4 3

PER PAUL, Angelick 2 1
 
 

  • Sources: Recensement 1851 et L'Acadie Nouvelle, 21 août 1990, p. 8.

Cette progression, lente mais constante, s'inscrit dans la même évolution démographique générale pour l’ensemble de la Péninsule acadienne de 1871 à 1961. La population d'Alnwick dut connaître comme ses voisins des déplacements, des migrations vers d'autres villages ou d'autres régions, telle la Nouvelle-Angleterre et plus tard le Canada central et l'Ouest. Alnwick connaît aussi l'arrivée de nouvelles familles, comme certains Irlandais de la Miramichi qui sont à la recherche de nouvelles terres. D’autres s'y fixeront dans le grand mouvement de colonisation mis de l'avant par l'élite clérico-nationaliste acadienne. Dans les zones de colonisation, les familles de langue française semblent avoir résisté au modèle démographique nord-américain de baisse de natalité en affichant des taux de fécondité supérieur à la moyenne continentale. Une étude plus poussée sur la population de Néguac serait en mesure de préciser les comportements démographiques de ses habitants.

Un examen plus attentif du recensement de 1861 permet de jeter plus de lumière sur la population de Néguac. Cette année-là, les différents recenseurs de la paroisse civile d'Alnwick divisèrent leur territoire en différents districts. Le district de Néguac fut recensé par Duncan Morrison. Morrison dénombra 63 chefs de famille ayant des enfants. En faisant le calcul de la moyenne d'enfants par famille (quotient enfants/ménages), on obtient une moyenne de 4,5 en 1861 pour le seul district de Néguac. Cette moyenne est la même que l'historienne Patricia Gallant a trouvé pour le village acadien de Cocagne en 1861. Cependant, selon ses recherches, il y eut probablement sous-enregistrement des naissances lors du recensement et un calcul du quotient naissances/ménages d'un recensement paroissial effectué en 1865 par le curé du village propose une moyenne de 6,3 enfants par famille. Il est fort possible qu'une telle analyse effectuée dans les registres paroissiaux de Néguac fournisse une moyenne d'enfants par ménage plus élevé car un calcul semblable entrepris dans les registres de Tracadie pour la période de 1798 à 1868 donne une moyenne de 6,6. Du côté de la paroisse religieuse de Lamèque, la moyenne, pour les années 1850-1980 est de 5,69. Ces comparaisons tendent à démontrer que le recenseur du district de Néguac de 1861 a peut-être lui aussi sous-enregistré les naissances, ce qui donnerait une moyenne enfants/famille un peu plus élevé que 4,5.

Un bref examen des mariages à Néguac au siècle dernier n'est pas sans intérêt. Une certaine historiographie continue de mettre de l'avant l'image de petits villages acadiens repliés sur eux-mêmes, coupés du reste du monde et ayant très peu de contacts entre eux. Les familles de langue française de Néguac proposent un tout autre portrait. Loin d'être fermés au monde ou repliés sur eux-mêmes, les Acadiens de Néguac nouent des relations matrimoniales avec presque tous les villages de la Péninsule acadienne ainsi que celui de Baie-du-Vin. Ainsi, sept des douze enfants d'Otho Robichaud et de Marie-Louise Thibodeau vont épouser des conjoints et conjointes en provenance de l'extérieur de Néguac illustrant une assez forte exogamie. Rappelons que de 1818 à 1822, cinq enfants du "clan" Robichaud de Néguac convolent en justes noces avec des enfants du couple Joseph Poirier et Charlotte Légère de Caraquet. La majorité des enfants de Louis Robichaud (fils d'Otho) et époux dAnastasie Poirier vont également se marier à l'extérieur de Néguac au 19e siècle. Les enfants de Louis Allain de Néguac et de Marguerite Cooke feront de même.

La majeure partie de ces unions matrimoniales se font entre enfants de notables de la Péninsule acadienne, à une époque qui est dite " noire" ou d'"enracinement dans le silence" pour le peuple acadien. Des Acadiens de Néguac, tels Otho Robichaud, son fils, Louis Robichaud, et Michel Allain appartiennent au monde de la notabilité acadienne de cette première partie du 19e siècle. Comme le pionnier Jean-Baptiste Robichaud (1751-1800) de Shippagan ou encore Prosper Desjardins dit Losier de Tracadie, les Allain, les Robichaud et certains Savoie de Néguac témoignent de la dynamique des réseaux de parenté qui fait que leur horizon n'est pas limité à leur simple terroir. Leurs stratégies matrimoniales, liant leurs enfants à ceux d'autres familles influentes de la Péninsule, assurent une certaine cohésion à ce petit groupe social. Comme nous le verrons dans les chapitres suivants, ce sont ces mêmes familles qui investissent, à titre d'acteurs importants, les sphères politiques et socio-économiques de Néguac au siècle dernier.

Il faut noter en conclusion que ces familles constituent l’exception à la règle pour ce qui est de la majorité des mariages de Néguac qui se célèbrent entre conjoints et conjointes du village. Ainsi, la majorité des Breau trouve des conjoints à Néguac, souvent des Breau. Les Comeau également concluent des unions matrimoniales surtout avec des gens de Néguac. Les Latulippe et les Martin font de même. Toutefois, les mariages des enfants des notables acadiens de Néguac avec ceux des autres villages de la Péninsule démontrent que Néguac n'est pas une communauté isolée au siècle dernier mais qu'elle est bien intégrée au réseau des localités acadiennes de sa région.

 

AHCN - 2010-10-04