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Chapitre 5

VIE POLITIQUE

La dimension politique de l'histoire de Néguac s'inscrit à contre-courant d'une historiographie acadienne qui affirme toujours que les Acadiens ont connu "un siècle de silence" en parlant du 19e siècle. Pourtant, des recherches récentes démontrent que la culture politique n'était pas étrangère au quotidien des villages acadiens d'antan et que le phénomène politique ne se limite pas à l'élection de députés. Ce serait une vision fort réductrice de la vie politique. Néguac fournit un très bon exemple d’Acadiens actifs dans la vie politique de leur village. Cette participation politique active se retrouve dans les tous premiers temps de l'histoire de Néguac et est due, comme nous le verrons plus loin, à la présence du marchand acadien Otho Robichaud.

La province du Nouveau-Brunswick fut érigée en 1784 à la demande des Loyalistes. Elle fut divisée en unités administratives, les comtés. Celui de Northumberland, créé en 1785 et comprenait à l'époque le territoire des comtés actuels de Restigouche, Acadie-Bathurst (Gloucester) et Kent. Ces deux derniers comtés furent détachés de Northumberland en 1826. Le comté de Northumberland fut à son tour divisé en de plus petites unités administratives, les paroisses civiles. Ainsi naquit celle d'Alnwick, ainsi nommée pour une région de Northumberland en Angleterre.

Néguac allait devenir la plus importante communauté de la paroisse civile d'Alnwick et sa population acadienne ne vécut certes pas en marge de l'appareil politico-administratif de la province. Otho Robichaud eut, sans doute malgré lui, un grand rôle à jouer dans cette intégration des Acadiens de Néguac et même ceux des autres communauté de la Péninsule dans le système politique de l'époque. Ami de l'un des grands leaders loyalistes du Nouveau-Brunswick, Edward Winslow, il put exercer de nombreuses fonctions civiles. En 1788, le marchand James Fraser avec qui il commerçait, demanda à Robichaud de se joindre à un groupe de notables anglophones qui demandait la création de cours de justice dans Northumberland. Et en 1794, Otho Robichaud devint juge de paix, poste clé dans l'administration des comtés à l'époque et seul Acadien à occuper un tel poste en compagnie de son contemporain du village de Cocagne, Joseph Gueguen.

La vie politique s'exprime sous différentes facettes et ce chapitre en retient deux principales: la participation de l'électorat de Néguac aux élections provinciales et la présence d'Acadiens du village au sein des officiers de la paroisse civile d'Alnwick.

Les élections

On a souvent écrit que le serment du test avait exclu les Acadiens de la politique active. Les provinces Maritimes vont supprimer ce serment du test en 1810, serment par lequel les catholiques devaient reconnaître le monarque britannique comme seul chef de l’Église, serment qui niait donc l'autorité spirituelle du pape ainsi que la transsubstantiation. Les Acadiens, attachés à leur tradition catholique, ne pouvaient prêter un tel serment. Toutefois, il semble maintenant de plus en plus certain que les administrateurs britanniques aux Maritimes faisaient prêter à leurs citoyens catholiques un simple serment de fidélité à la couronne. Un tel serment a pu permettre à Otho Robichaud de devenir juge de paix par exemple. Et ce fut sans doute de même pour les premières élections provinciales au Nouveau-Brunswick en 1785 puisque certains Acadiens de Néguac ont voté. Si les Acadiens ne pouvaient voter aux élections avant 1810, pour quelle raison le shérif du comté de Northumberland, Benjamin Martson alla-t-il placer une affiche annonçant les élections de 1785 à Néguac? Comme il l'écrit dans son journal, le 2 novembre 1785: " Posted up advertisements for a meeting of the county to elect two members for the General Assembly ... one at Negayack ... 8 "

De 1784 à 1974, le Nouveau-Brunswick possédait des circonscriptions plurinominales, c'est-à-dire que chaque comté avait droit à plus d'un député et que le scrutin de liste était donc en vigueur. Voici l'évolution du nombre de députés de Northumberland jusqu'en 1974, année de l'établissement d'une nouvelle carte électorale créant en autres, la circonscription de Baie Miramichi.

Députés de Northumberland

1785-1974

Nombre de députés Années des modifications Nombre total de

apportées à la carte députés à

électorale Fredericton

2 1785 26

4 1845 38

5 1967 58

  • Source: Philippe Doucet (1990), p. 97-100

Non seulement les Acadiens de Néguac votaient-ils à la fin du 18e siècle mais on courtisait cet électorat. Lors des élections provinciales de 1791, Edward Winslow écrivit à Otho Robichaud lui demandant d'influencer le vote des Acadiens de son village afin d'assurer une victoire pour le candidat de Winslow, le major Harris William Hailes, qui fut élu. L'électorat de Néguac fut sans doute le premier ou l'un des premiers groupes acadiens à participer en toute légalité à une élection provinciale dans la province.

Le comté de Northumberland n'avait pas très bonne réputation pour ce qui est du déroulement des élections au 19e siècle. Les partisans des candidats en lice se livraient de véritables batailles rangées dans les rues de Douglastown, Chatham et Newcastle. Les élections de 1842 furent particulièrement

Lettre d'Edward Winslow demandant l'appui d'Otho Robichaud en 1791

Edward Winslow à Otho Robichaud

(sans date) 1791
 

"Mr Otho Robichaux, Merchant

Negawack

Dear Otho,

I’ve a relation & friend here who has engaged very zealously in the settlement of this Country, and I am anxious that he shou'd have a seat in the general Assembly.

With difficulty I have prevailed on to say "That he will serve if elected." A writ has this moment issued for your County & as I presurne that no gentleman among you will wish to be at the expense of serving I will take the liberty of recommending Major Harris William Hailes. I know that you have influence among the French settlers & I flatter myself that it wou'd give you pleasure to exert it in favor of a friend of mine, but this I do not wish unless it accords with your own private judgment. Major Hailes lives at the [manque] of government, is a gentleman by family & education and will serve you faithfully. This I am sure of, and but for this conviction I wou'd not have mention'd his name. I’ve wrote Nicholson on the subject.

When I was in Quebec, I had the pleasure of seeing yours sisters. Whenever you have any letters for them, I will forward 'em carefully,

I am with much esteem

You Friend &c.

Ed Windslow."

  • Source: Fidèle Thériault (1990).

Guillaume Allain (1865-1930) premier député acadien de Northumberland.

  • Source: Corinne LaPlante (1981)

violentes mais les électeurs de Néguac se distinguèrent par leur comportement plus ordonné, aux dires du shérif du comté, John M. Johnson:

"The Poll opened at Negawack on the second day, a place about 25 miles below Newcastle on the north side of Miramichi Bay and there the whole of the voters were polled somehows before the usual time of closing and the conduct of the people in attendance was regular and orderly..."

Mais quelques années plus tard, en 1854, des électeurs de Tabusintac et de Néguac sont accusés d'aller voter illégalement à Tracadie, pour augmenter les chances du candidat Read, action dénoncée par le candidat rival End. Il est à noter que le bureau de scrutin à l'époque pour la région de Néguac se situait à Bas-Néguac, selon la réforme électorale adoptée en 1855. Notons également que les fraudes électorales n'avaient rien d'étranger à la culture politique du Nouveau-Brunswick du 19e siècle.

Le premier Acadien de Néguac à être candidat et à siéger à Fredericton comme député de Northumberland fut Guillaume Allain (1865-1930). Allain, un enseignant, fut élu en 1908 sous la bannière du parti conservateur et demeura député jusqu'à sa défaite aux urnes en 1917. Avant de devenir député, Guillaume Allain avait été conseiller municipal d'Alnwick au Conseil municipal de Northumberland pendant 15 ans.

Résultats de l'élection du 3 mars 1908 qui vit Guillaume (William) Allain devenir le premier Acadien de Northumberland à siéger à Fredericton. Les candidats élus ont un astérix à leur nom.

• Morrison, Donald 2785

• Morrissey, John 2805

• Allain, William L. 2749

• MacLachlan, Daniel P. 2695

Miller, Stanley 1468

Murray, Robert 1479

Winslow, Warren C. 1465

Anderson, William 1406

  • Source: Les élections au Nouveau-Brunswick 1784-1984 (1984), p. 191.

Après un demi-siècle de débats et des dizaines de requêtes adressées au gouvernement provincial de Fredericton, les femmes obtiennent le droit de vote au Nouveau-Brunswick en 1919. En 1918, le gouvernement canadien avait accordé ce droit à toutes les Canadiennes. La première femme candidate aux élections provinciales au Nouveau-Brunswick fut une avocate de Newcastle, Frances Fish qui se présenta sous la bannière du Parti conservateur dans Northumberland en 1935. Le comté vote alors majoritairement libéral mais Frances Fish se place bonne première à la tête des candidats conservateurs défaits.

  • Source: Elspeth Tulloch (1985).

Guillaume Allain avait en quelque sorte ouvert la voie aux autres députés originaires de Néguac, qui briguèrent les suffrages au 20e siècle. Notons que c'est un parent de Guillaume Allain, le marchand David Allain de Néguac, qui sous la bannière libérale, le défit en 1917. En 1991, Néguac, village principal de la circonscription provinciale Baie Miramichi était représenté à Fredericton par le député libéral Danny Gay. Il est à souligner qu'un ancien maire de Néguac, Emilien LeBreton est président du Parti conservateur du Nouveau-Brunswick et sera candidat de son parti dans Baie Miramichi pour les élections provinciales prévues à l'automne 1991.

La participation des Acadiens de Néguac au sein du groupe d'officiers de la paroisse civile d'Alnwick

Avant les réformes administratives du gouvernement de L. Robichaud dans les années 1960, le comté, à titre d'unité administrative, gérait une bonne partie des affaires courantes de la vie politico-administrative. Système implanté par les Loyalistes lorsque le Nouveau-Brunswick fut créé en 1784, le gouvernement de comté était assuré par un groupe d'hommes, des juges de paix nommés par Fredericton. Ces magistrats se réunissaient deux fois l'an en Sessions générales de la paix (General Sessions of the Peace). Afin d'assurer la bonne marche quotidienne de la gestion du comté: "... les juges de paix disposaient des services d'une multitude d'officiers de paroisse. En effet, toutes les tâches qui, de nos jours, sont effectuées par des employés du secteur public, comme l'entretien des rentes à la réglementation des pêches, étaient autrefois assurées par les contribuables. Ils devaient ajouter ces fonctions au métier qu'ils exerçaient déjà ( ... ) Les citoyens pouvaient être appelés à remplir les postes de "père des pauvres" directeur du bureau de bienfaisance, greffier paroissial, gardien de la paix, inspecteur des clôtures, garde-fourrière. "

Les Acadiens de Néguac furent parmi les premiers de la province à occuper ces postes, illustrant bien leur intégration dans les structures administratives. Ainsi, en 1790, Aman Savoie est dit commissaire des pauvres pour la région de Néguac et également pilote. La même année, Otho Robichaud est aussi commissaire des pauvres, Joseph Savoie et Michel Savoie sont inspecteurs des clôtures, Michel Allain et Aman Savoie, évaluateurs des taxes, François Savoie est commissaire des routes, Victor Breau et Jean Savoie sont inspecteurs des routes. Nombreux sont donc les Acadiens de Néguac au sein de ce groupe d'officiers pour la paroisse civile d'Alnwick. De plus, en 1790, Florent Robichaud, frère d'Otho et Aman Savoie sont membres du grand jury de Northumberland, hommes choisis par le shérif du comté qui aidaient les juges de paix dans leurs tâches administratives.

En 1794, Otho Robichaud devenait juge de paix et ce poste lui permit sans doute de favoriser la nomination d'Acadiens de Néguac comme officiers civils et même ceux d'autres villages de la Péninsule acadienne, comme ses cousins Robichaud de Shippagan et de Pokemouche, en particulier Jean-Baptiste Robichaud et Isidore Robichaud. Otho Robichaud fut souvent consulté par Fredericton pour des mesures qui touchaient les Acadiens de sa région. C'était "... l'homme de confiance des autorités civiles et religieuses. Quand il fut question d'organiser des cours du comté de justice, c'est à lui qu'on s'adressa pour percevoir les contributions. Quand il fut question de faire construire une prison et un palais de justice à Newcastle, c'est encore à lui qu'Arthur Nicholson s'adressa ..."

En plus de ses nombreuses responsabilités civiles, tels juge de paix, commissaire des pauvres, commissaire d'école, commissaire de la voirie, Otho Robichaud fut capitaine de milice, nommé en 1799. Son fils Louis devint juge de paix en 1834 et aussi capitaine de milice en 1836. Néguac n'offre donc pas ce portrait d'une communauté acadienne en marge de la réalité administrative de la province et ne cadre pas non plus dans le "siècle de silence" qui ne peut plus servir d'interprétation passe-partout pour la culture politique acadienne du siècle dernier.

Le juge de paix Otho Robichaud ne s'entendait pas toujours très bien avec les autres Acadiens de Néguac. En 1803, Robichaud est accusé par le missionnaire René Joyer d'avoir profité de son poste de magistrat pour s'approprier un marais qui avait été concédé en commun à Robichaud, Michel Allain, Francis Savoie et Joseph Savoie. Voici des extraits d'une lettre que l'abbé Joyer adressa en septembre 1804 à l'évêque Plessis de Québec au sujet de cette dispute :

D'abord, j'avouerai à votre grandeur que je suis en guere avec un juge de paix de Nigawek, appellé Otho Robichaux, frère des melles Robichaux résidantes à Québec. Je me trouve obligé d'entrer dans un certain détail pour expliquer le fait comme il le doit être. Je prie votre grandeur de m'excuser si je suis diffus. Voici donc le fait. L'été dernier, deux autres habitans de Nigawek vinrent me trouver à la mission me disant qu'ils allaient à la Cour de Miramichi pour s'assurer la possession d'une prairie que le sr Otho Robichauxx voulait leur enlever par une minute de Conseil qu'il avait obtenu du secrétaire du gouverneur. Je les engageai à ne point plaider (je crois que ce fut là mon tort) et à s'en retourner à Nigawek pour faire quelques accommodemens avec le sr Robichaux et je m'offris de les accompagner. Ils me crurent et je quittai tout pour aller avec eux. Rendus chez le sr Robichaux, j'employai tous les raisonnemens possibles pour l'engager à se relacher de ses prétentions sur la ditte prairie. J'eus bien de la peine. Enfin, il se rendit et dicta lui-même les conditions de la convention qu'il voulait faire avec les dits habitans, disant que si on voulait lui donner le quart de cette prairie (car ils étaient troi qui l'avaient fauchée depuis longtemps) il abandonnerait le reste. Je fis consentir quoiqu'avec peine, les trois habitans à cette proposition. Il fut convenu de nous séparer, qu'il y aurait un marché d'écrit par un magistrat sur cette affaire le plutôt possible. Le marché est écrit en anglais pendant mon absence, on y insère la clause que ce marché ne tiendra que jusqu'au bon plaisir du gouvernement. Nos pauvres habitans qui sçavent très peu l'anglais signent cet écrit sans sçavoir trop ce qu'ils signent. L'arpenteur du gouvernement vient quelques temps après. Le sr Robichaux fait adjuger non pas à lui-même, mais à son jeune enfant la prairie en question. Nos pauvre habitans n'osent pas s'expliquer et les voilà privés de leur prairie. A paine suis-je arrivé qu'ils me communiquent tout. J'en fais de vifs reproches au sr Robichaux. Il se defend sur ce qu'il n'a pas demandé la ditte prairie à l'arpenteur qui a l'objection que je lui fais qu'il n'est pas possible de supposer que l'arpenteur l'ai forcé de prendre malgré lui la prairie et nous séparons ainsi. Il se présente à confesse. Avant de l'entendre, je lui observai que s'il ne voulait pas s'en rapporter à ma décision sur cette affaire, il fallait consulter quelque magistrat et que j'en consulterais moi-même. Il me le promet. J'en consulte un qui le condamne absolument. Je vais voir le sr Robichaux et je m'apperçois ou qu'il n'a consulte personne, ou qu'il n'a consulté que celui qui avait écrit le marché et qui paraissait être d'intelligence avec lui. Je le presse de me répondre aux conditions qu'il a lui-même dictées. Il se défend en me disant que je lui avais fait violence et cela en le manaçant de l'enfer s'il n'avait point acquiescé à ma demande. Je le quitte tout fâché. Le dimanche d'après, il ne vient point à la messe quoiqu'à sa porte. Avant mon départ, il m'envoye la démission de sa charge de marguillier et moi à mon tour, lui fais defense de baptiser les enfans et lui donne à entendre que s'il continuait à faire la prière publique, c'est que je n'en pouvais trouver d'autre de capable. Mr Bédard pour lors présent à Nigawek m'approuve et même, voyant l'injustice manifeste, m'engagea à en écrire à mr Odell, secrétaire du gouverneur. Je l'ai fait et n'en ai point eu de réponse. Le sr Robichaux en a écrit au magistrat que j'avais consulté et s'appuye fortement sur ce que le marché ne devait avoir lieu que jusqu'au bon plaisir du gouvernement et sur ce qu'il n'avait pu donner un bien qui ne lui appartenanit pas encore. Votre grandeur saisira sans doute au premier coup d'oeil, la futilité de semblables raisons. Les parties adverses n'ont point cru et n'ont pu croire que le marché ne tiendrait que jusqu'à l'arrivée de l'arpenteur qu'on attenedait de jour en jour, sans supposer qu'ils ayent perdu l'esprit. Bref, les choses ont resté dans le même etat jusqu'à ce qu'étant retourné à Nigawek, j'ai reçu une lettre malhonnête du sr Robichaux où il disait en autres choses que je voulais arracher le bien de ses enfans pour le donner à mes amis. Je lui ai répondu que s'il voulait convenir devant témoins qu'il avait tort la prairie resterait à son enfant qu'on le ferait estimer et que j'en payerais la valeur aux trois parties adversaires ou adverses. Sa femme a fait de sa part une réponse négative. Il est cependant venu à la messe au commencement de la mission. Je prêchais un jour un sermon de Bourdaloue sur la fausse conscienc. Je le divisai en deux. Le premier jour, il resta à tout le sermon. Le 2e jour, il sortit brusquement de l'église au milieu du sermon et n'est pas revenu. Je l'avais à la vérité en vue, mais je ne particularisais rien du tout. Aussitôt après la messe ditte, je reçus de lui une lettre que je ne voulu point décacheter en disant au porteur de lui dire qu'etant tous deux présnts dans l'endroit, il ne convenait point de nous écrire ainsi, que s'il voulait venir me voir, il serait le bienvenu et que s'il ne pouvait venir, j'irais moi-même. Il me fit répondre qu'il était trop à craindre que nous nous fâchissions tous les deux. Ce qui me fait le plus de peine dans cette affaire-là, c'est que depuis le dit sermon, sa pauvre femme et belle-soeur, bonnes et simples, se sont laisé séduire et n'ont point approché des sacremens. Ce qui a encore choqué, c'est qu'on leur a dit que j'avais défendu aux enfans d'aller au catéchisme chez lui. Je ne m'en rapelle pas. Mais, en supposant que j'aye fait cette défense, je ne l'aurais surement pas fait si j'eusse cru que les pauvres femmes en eussent été choquées à ce point-là. Pour lui, les autres habitans, d'ailleurs bonnes gens, se plaignent depuis longtemps que c'est un homme plein de ruses et d'artifices. J'ai balancé, si avant mon départ, j'irais le voir. Mais définitivement, j'ai cru que cette visitte ne pourrait faire que du mal. Je prie votre grandeur de me prescrire ce que j'ai à faire dans cette circonstance. Tout les Anglais qui ont connaissance de cette affaire, sont contre le sr Robichaux.

Il y a bien d'autres circonstances de l'affaire du sr Robichaux que je tais, de crainte d'ennuyer votre grandeur... "

  • Source: Fidèle Thériault (1990).

La famille Robichaud de Néguac continue sa participation active dans le gouvernement local à la troisième génération. Hubert Robichaud (1820-1913), fils de Louis et d'Anastasie Poirier, fut également capitaine de milice et occupa des postes d'officier civil dont celui de commissaire des pauvres. Son fils Ferdinand (1856-1936), fut juge de paix, officier de pêche et secrétaire de la commission scolaire de Néguac, et un cousin, Jean-Prudent Robichaud, était juge de paix à la fin du 19e siècle. Les exemples de cette notabilité locale ne manquent pas non plus dans d'autres familles de Néguac, tels les Allain, les LeBlanc, et les Savoie.

Romain Savoie (1848-1914) fut probablement l'un des Acadiens les plus en vue de Néguac dans la deuxième moitié du siècle passé. Juge de paix, commissaire d'école, maître de poste, premier Acadien d'Alnwick à être énumérateur pour le recensement fédéral de 1871, Savoie proposa la candidature de Guillaume Allain comme député provincial: "... l'élection de ce dernier le combla de joie et de fierté. C'est une des plus grandes victoires pour nous, Acadiens, qui n'a jamais arrivé dans notre Histoire", écrivait-il à Placide Gaudet, le 26 mars 1908".

Voici les miliciens qui faisaient partie de la compagnie du capitaine Louis Robichaud en 1850. À noter que Louis Robichaud était l'un des rares Acadiens à être officier de milice et commander à des lieutenants anglophones.

State of Capt Louis Robichaux Company

the 26 August 1850

Names Age

Lieut. Alexander Morison 51

Enseig Alex. Loggie 37

Sergt John Morrison 47

Sgt Peter Loggie 30

Sgt Hubere Robichaux 31

Al Morison 37

John Anderson 36

John Davidson 56

Robt Davidson 53

George Davidson 37

Peter Davidson 36

Al. Davidson 48

William Mastiston 22

George Loggie 29

John Loggie 33

Peter Loggie 47

William Enesy 44

Thomas Wason 22

Walter Bell 47

Ab. Belle 18

Hugh Drummond 37

William Drummond 36

Donald McLean 22

William Simson 48

Louis Morison 53

Alex Morison 19

James Morison 22

Jon S. Morison 49

William Morison 47

John Sowill 26

Louis Brow 28

Theotime Savoy 31

Amateur Savoy 32

Loran Breton (non donné)

Charles Breton (non donné)

Bruno Poirier 55

Filmon Poirier 27

John L. Robichaux 25

Ephrem Robichaux 23

James Robichaux is

Jule Savoy 27

Vital Savoy 19

Exavier Robichaux 16

Same Brow 38

Michel Alain 48

Lasare Allain 20

AugusteAlain 18

Garmin Savoy 29

Odilon Savoy 18

Telesfor Thibodo 38

Olivier Thibodo 17

Peter Alain 50

Vital Alain 25

Garveai Alain 23

Oliver Alain 22

Louis Alain 53

Adolph Alain 24

Thomas White 53

Eugene White 31

Joseph White 23

Victor Savoy 53

Grigoir Savoy 28

Oliver Robichaux 47

Télesfor Robichaux 20

Vital Robichaux 18

Michael Savoy 35

Same Martin 30

John B. Martin 37

Huber Martin 31

Tranquil Savoy 28

Frederick Savoy 38

Fabien Savoy 40

Oliver Savoy 17

Silvin Savoy 23

Justinien Savoy 18

Marien Savoy 17

Pol Brow 46

Amateur Brow 31

Maturin Tulip 23

Isai Tulip 26

Joseph Ross 40

Ustache Votour 46

  • Source: Fidèle Thériault (1990).

Résultats des élections municipales de 1889 pour la paroisse civile d'Alnwick. Des deux Acadiens de Néguac en liste, seul Romain Savoie fut élu.

Candidats

Districts W. Anderson R. Savoy J.W. B. Poirier J. Stymest

Robertson

Néguac 150 109 6 51 9

Tabusintac 53 7 59 18 39

Pointe-au- 23 23 3 1 2

Chêne

Rivière-du- 10 30 40 1l 7

Portage

Total 236 168 108 81 57

  • Source: Donat Robichaud (1989), P. 15.

Lors de la première guerre mondiale, 65 hommes de la région de Néguac s'enrolèrent sous les drapeaux. Le 7 avril 1919, "L'Évangéline" publiait ce tableau d'honneur de Néguac.

Honoré Breau, 126e Bat,. Blessé et de retour.

Joseph LeBlanc, 55e Bat,. Blessé.

Fred Breau, 126e Bat,. Blessé.

Jérémie Caissie, 87e Bat,. Tué.

Israël Breau, 87e Bat., Tué.

Isodore Savoie, 87e Bat., Tué.

Émile Breau, 87e Bat,, Tué.

Alphée Savoie, 87e Bat., Tué.

Edmond Martin, 87e Bat., Blessé 3 fois

Simon Forbes, Can. R.

Olivier Vienneau, 87e Bat., Tué.

Adolphe Mallet, 87e Bat., Tué.

Daniel Savoie, 43e Bat,. Blessé et de retour.

Gilles Vautour, 43e Bat,. Mort de grippe.

Thomas Allain, 132e Bat,.

Allain Robichaud, 132e Bat,.

Joseph Latulipe, 132e Bat,.

Fred Latulipe, 132e Bat,.

Mathurin Latulipe, 132e Bat,. de retour.

Alphonse Latulipe, 132e Bat,. Blessé et de retour.

Joseph Godin, 87e Bat,. Blessé et de retour.

Jean Mallet 13 Can. R.

Richard Willie, 13 Can R.

Octave Savoie, 13 Can R.

Aldéric Martin, ler Dép. Bat.

Edouard Forbes, ler Dép. Bat.

Michel Robichaud, ler Dép. Bat.

André Savoie, 87e Bat,. Blessé

Henri Arsenault, 55r Bat, Tué.

Médore Comeau, ler Dép. Bat.

Hector Breau, 132e Bat,.

Joseph LeBlanc, ler Dep. Bat.

Léonard Savoie, 87e Bat

Matheur Savoie, Can. R.

Geoffrey Plourde, Can. R.

Pierre Breau, 1er D. Bat,. Mort de la grippe.

Prudent Savoie, ler Dep. Bat

Saturnin caissie, 132e Bat,. de retour. ,

Joachim Caissie, 13 Can. R.

Placide Caissie, ler Dep. Bat.

Séverin Caissie, Can. R.

Jean-Bpte Godin, 13 Can R.

Michel Caissie, 1e Can, R.

Théotime Savoie, 1er Dep. Bat,.

Séverin Savoie, 13e Can R.

Bélonie LeBlanc, Armée Américaine.

Philias Saincoeur, ler D. Bat.

Anicet Breau, ler D. Bat.

Allard Allain, 13 Can R.

Richard Breau 55e Bat,.

Edmond Savoie, ler Dep. Bat.

Doris Savoie, ler Dep. Bat.

Cyrenus Savoie, ler D. Bat.

Onésime Breau, Armée Américaine.

Willie Breau, Can. R.

Joseph Robichaud, ler D. Bat.

Camille Doiron, Can. R.

Salomon Savoie, ler Dep. Bat.

Antoine Breau, ler Dep. Bat.

Alexandre Patrice 1er D. Bat.

Gilbert LeClair, 1e Can. r.

Gilbert Breau, 13 Can. R.

Victor Caissie, ler Dep. Bat.

Total 65, Tués au feu ou morts 9, blessés 9. (p.5)

  • Source Donat Robichaud (1990) pp. 168-169.

La participation des Acadiens de Néguac dans la gestion des affaires de leur paroisse civile remonte donc à la fin du 18e siècle et la vie politique du village prit un autre tournant en 1967 lorsque la municipalité de Néguac fut créée.

1er Conseil municipal

1967-1969

Maire Homère Robichaud

Maire-adjoint Alphonse J. Breau

Conseillers Roger Forbes

Yvon Godin

Secrétaire Zoel Allain

Conseil en 1991

Maire Léo Comeau

Maire-adjoint Paul LeBreton

Conseiller(ère)s Jean-Claude Robichaud

Ronald Breau

Lévis Savoie

Frances Savoie

Administrateur Georges R. Savoie

 

AHCN - 2010-10-04