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Chapitre 7

VIE RELIGIEUSE

Avant même l'arrivée des premières familles acadiennes à Néguac à la fin des années 1750, des missionnaires catholiques fréquentent la région afin d'y desservir la mission des Micmacs qui est aujourd'hui Burnt Church. Rappelons le récollet Bonaventure Carpentier qui était avec les réfugiés acadiens lorsque les troupes du colonel James Murray mirent le feu à la mission des Micmacs en 1758. En 1772, le missionnaire jésuite Jean-Baptiste de La Brosse se rend à Néguac où, dit-il: "... je baptisai, confessai et mariai un bon nombre d'entre eux, non seulement des Acadiens, mais aussi des Indiens Micmacs venus en foule de Cocagne, de Richibouctou et d'autres endroits".

Les premières familles de Néguac ne voyaient pas souvent de prêtres. En 1782, les Maritimes ne comptaient que trois prêtres missionnaires et celui qui desservait la Péninsule acadienne, l'abbé Joseph-Mathurin Bourg, résidait à Tracadièche (Carleton) en Gaspésie. Caraquet fut le premier village de la région à obtenir un prêtre résidant en 1788 et c'est à partir de ce lieu qu'il visitait les autres missions de son immense paroisse.

Le premier registre de Néguac fut ouvert en 1796 par un prêtre français, l'abbé Castanet. Lorsque le missionnaire était absent, des laïcs bien en vue dans la paroisse dirigeaient des assemblées de prière appelées |"messes blanches", "ondoyaient les nouveaux-nés, présidaient aux enterrements, enseignaient le catéchisme, recevaient les promesses de mariage". À Néguac, Otho Robichaud et Michel Allain assurèrent ces tâches. En 1799, l'abbé René Joyer, missionnaire à

Au siècle dernier, des marguilliers, élus par les paroissiens, gèraient les biens de la fabrique. Voici l'état de compte de 1798 alors qu'Otho Robichaud était marguillier.

Recette de 1798

  L. Sh. Pence

pour foin - 10 -

pour offrande faittes à l'église

et remise par françois julien 2 7 10

pour quête du pain béni 1 7 9

pour prix du sucre mentioné

dans le dernier

compte et trente 4 livres de plus 5 1 4

Reçu de françois julien pour

argent de la fabrique prêté

à lous Thomas gagnés - 7 11

par devant nous missionnaires Soussigné et Mr robichau marquillier en charge aussi foussigné l'argent de l'église ayant été compté, il s'est trouvé en argent blanc trente neuf piastres un shiling fis fois en monoye de cuivre - fix piastres un fhelin neuf fols: de plus une paire de boucle en gage pour une piastre, une boucle de col de cuivre dassée, vingt cinq épinglettes d'argent, quatre joncs d'argent, un pendant d'oreille, deux boucles d'estomac, fais à Nigawek, le vingt huit janvier mil sept cent quatre vingt dix neuf

 Signé: joyer prêtre missionnaire.

otho Robichaud

  • Source: Eloi DeGrâce (1969), p. 121.

Caraquet, envoyait un livre de catéchisme à Michel Allain lui demandant: "... je vous engage de vous réunir tous les dimanches afin de le lire devant tout le monde et que tout le monde puisse en profiter".

La famille Allain de Néguac était particulièrement appréciée des missionnaires de passage qui logeaient chez les Allain.

Avant la construction d'une église à Néguac, les Acadiens allaient souvent à la messe à Burnt Church, dans l'église de la mission des Micmacs. Voici ce qu'écrit l'abbé Thomas Cooke le sujet de la mission de Néguac en 1819:

"Nigawek. - 13 familles acadiennes ... bons mais avec dissensions ... Ils ont une petite chapelle pour faire la prière publique en l'absence de M. le Mifre (missionnaire). Mais ils vont à la messe à Burnt Church ... Il n'y a pas de presbytère logeable ni à Burnt Church ni à Nigawek ... On est obligé de se retirer chez les habitants au détriment de sa réputation ... "

  • Source: Donat Robichaud (1986), p. 44-45.

Michel Allain donna une partie de ses terres pour la construction de la première chapelle de Néguac vers la fin du 18e siècle et son fils Louis cédera le terrain sur lequel fut érigée la première église en 1843. Ce Louis Allain avait épousé en 1821, Marguerite Cooke, soeur du missionnaire Thomas Cooke de Caraquet qui devient le premier évêque de Trois-Rivières en 1852. C'est l'évêque de Plessis, Joseph-Octave Plessis qui lors de sa visite pastorale à Néguac en 1812, plaça la chapelle sous le vocable de Saint-Bernard qui est toujours le saint titulaire de la paroisse de Néguac.

La première église fut construite en 1843 alors que l’abbé François-Xavier LaFrance, curé de Tracadie, desservait la mission de Néguac. Elle servit au culte pour plus de 70 ans. En 1925, une église en pierre était bénite par l'évêque de Chatham, Patrice-Alexandre Chiasson. Elle fut ravagée par un incendie le 23 juin 1945. L'abbé Arthur Gallien, alors curé, dirigea les efforts pour la construction d'une nouvelle église qui fut achevée en 1948. Cette église dessert présentement la population catholique de Néguac.

L'Église a joué un grand rôle dans l'histoire de Néguac. Plusieurs curés, à partir du premier curé résidant, l’abbé Joseph Théberge (curé de 1867 à 1907), furent à l’origine de projets d'école et de fondation de coopératives. Des notables

 Extrait du journal de visite de l'évêque Plessis de Québec lors de son passage à Néguac en 1812.

  L'évêque ne trouvant pas de saint titulaire à la chapelle de Nigaouek (qui manque de beaucoup d'autres choses) la mit sous l'invocation de Saint Bernard. Avant d'y arriver on laisse à main droite, à deux lieues de là, un autre établissement connu sous le nom de Taboujamtèque où les terres se défrichent avec une rapidité qui fait craindre qu'en peu d'années, il ne faille un missionnaire tout entier pour ces deux endroits réunis. En ce moment ils ne sont l'un et l'autre que des annexes de la mission sauvage, à laquelle l'évêque s'empressa de se rendre le même jour, s'attendant à y trouver un établissement florissant ou du moins un village capable de le disputer aux plus beaux du district de Montréal. Mais qu'il fut trompé ! Un endroit autrefois célèbre par le concours des Micmacks n'est plus qu'un reste misérable de son ancienne existence. Ce qu'on appelle le village n'en est même pas un. Auprès de la masure d'une église autrefois de pierre, brûlée en 1759 par les Anglais qui, depuis, ont appelé cet endroit Burnt Church, est une chapelle de bois qui n'a rien de remarquable qu'un beau tabernacle et une mauvaise statue. À une moyenne distance est un méchant presbytère de bois, étroit et mal achevé où l'évêque et trois de ses compagnons furent obligés de coucher dans un même appartement qui n'aurait pas été trop vaste pour le missionnaire tout seul. La même pièce qui servait de dortoir, était aussi le réfectoire et la chambre de compagnie; l'autre partie de la maison étant la cuisine et la retraite des domestiques. Ceci prouve que dans ces sortes de voyages, il s'en faut que la terre le cède toujours à la navigation, en gênes et en incommodités.

Tout-peu accommodante qu'est cette maison, il est vrai de dire qu'elle est la seule de ce prétendu village. les Micmacks, au nombre de plus de 30 familles, n'y en ont pas une seule de construite et passent sous des cabanes d'écorces le peu de temps qu'ils y demeurent chaque année, savoir trois à quatre semaines, après quoi ils emportent leurs demeures avec leur garderobe et leurs autres effets, et vont passer le reste de l'année dans le haut de la rivière où ils ont des terres cultivées à leur manière, et une abondance de poisson suffisante pour les dédommager de la chasse qu'ils ont fait de leur ancien village où les arbres repoussent et commencent à défigurer une pointe par sa situation. L'évêque y passa deux jours, recevant, lui et ses compagnons tous les bons offices qu'on pouvait attendre de la bonne volonté de Michel Allain de Nigaouek, qui les y avait et non seulement pourvoyait à leurs besoins d'une manière très libérale, mais leur avait donné pour cuisinière sa chère épouse plus recommendable pour sa piété que par sa propreté.

La famille la plus respectacle et peut-être la seule de tout ce village éphémère, est celle de François Julien, octogénaire, sans reproche et surtout d'une sobriété éprouvée. Aussi eut-il l'honneur, ainsi que Michel son fils aîné, de porter un des bâtons du dais, le dimanche, à une procession du S. Sacrement que le Prélat trouva bon d'accorder à ces sauvages, afin de soutenir, du moins, par quelque cérémonie extérieure du culte, la religion que les pauvres Micmacs de l'endroit déshonorent d'un autre côté par les excès continuels d'une ivrognerie très enracinée.

La femme de François Julien, connue sous le nom de Madeleine, moitié sauvagesse et moitié Française, précieuse à tous les missionnaires, parce qu'elle leur sert de temps immémorial d'interprète pour les confessions, a pris sur elle avec le temps, d'être la dénonciatrice des ivrognes. Elle supplia l'évêque de mettre en pénitence, avant son départ, tous ceux des sauvages qui s'étaient enivrés depuis le printemps. Elle se fit fort de les discerner des autres; mais lorsqu'il eut agi selon qu'elle le désirait, il reconnut qu'il avait mis les ddeux tiers du village hors de l'église et que le premier chef était au nombre des pénitents. Cette circonstance lui apprit qu'il ne fallait pas mettre une confiance illimitée dans la bonne Madeleine que son grand âge commence à faire radoter.

  • Source: C.S.H.A. (1980), p. 67-68.

de Néguac, tels Louis Robichaud et surtout la famille Allain entretenaient généralement d'excellentes relations avec les missionnaires et les évêques. En 1843, l’abbé William Dollard devenait le premier évêque du Nouveau-Brunswick. Il avait, pendant plusieurs années, entretenu une correspondance avec Louis Robichaud. Et même si James Rogers, évêque de Chatham de 1860 à 1902 n'avait pas eu bonne presse dans les villages acadiens, c'est lui qui vint à Néguac présider les funérailles de Vénérante Robichaud en 1889, où il inscrivit dans les registres la note suivante: "... Nous avons été consolé et édifié d'avoir l'occasion de témoigner notre grand respect pour la vénérie défunte et pour sa bonne famille". Vénérante était la fille d'Otho Robichaud et de Marie Louise Thibodeau. Elle avait épousé, en 1824, Pierre Allain de Néguac. Un de leurs fils, Jacques Allain (1847-1901) devint Frère des Écoles chrétiennes en 1869, et son cousin, Luc Allain (1848-1929), entra également en religion en 1877. Rappelons que Mgr Edgar Godin, fils de Joseph Godin et de Marguerite Breau de FairIsle, fut évêque de Bathurst de 1969 à 1985.

Missionnaires et curés de Néguac

Nom Lieu d'origine et années d'apostolat à Néguac.

Missionnaires

Jean-Baptiste Marie Castanet France 1796-1797
Louis Joseph Desjardins France 1800-1801

René-Pierre Joyer France 1798-1806

Urbain Orfroy France 1806-1810

François-Mathias Huot Québec 1807-1813

Charles French _____ 1813-1815

Joseph-Édouard Morisset Québec 1815-1818

Joseph Bélanger Québec 1818-1819

Thomas Cooke Québec 1819-1824

François-Norbert Blanchet Québec 1824

Williain Dollard Irlande 1824-1837

Michael Egan Irlande 1834-1837

J.M. Madran Québec 1836-1838

Richard Verectier _____ 1839-1842

François-Xavier LaFrance Québec 1843-1852

Ferdinand Gauvreau Québec 1852-1867
 
 

Curés

Joseph Théberge Québec 1867-1908

Georges B. Gauvin Québec 1908-1917

Joseph-B. Saindon St-Hilaire de Madawaska 1912-1922

Alphée Babineau St-Louis-de-Kent 1922-1926

François Bergeron Québec 1926-1933

François-J. Lanionde Québec 1933-1938

Arthur Gallien Bas-Caraquet 1938-1961

Cléophas Haché Bathurst 1961-1969

Aristide Légère Paquetville 1969-1978

Armel Audet Dundee 1978-1986

Lévi Arsenault Inkerman 1986-1990

Julien Thériault Paquetville 1990-
 
 

  • Source: Edmond Ouellette (1948).

 

AHCN - 2010-10-04